mercredi 16 novembre 2011

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Ode aux crabes barbus.

Ode à la beauté, et à toi, que j'ai perdue.
Ode aux oiseaux détrônés, dont le plumage ancien,
est le reflet d'un éclat éteint, disparu.
Le temps, machine fumante, sonore et tordue,
aux engrenages sombres et aux murmures abbatus
dévore tout,

mirez,
du haut de vos globes froids ces vieilles femmes dévêtues,
ces squelettes arpentant les boulevards de guingois,
et nos rêves déchus.

tombant sur le sol, flot misérable, déchet lacrymal,crime absolu,
inondant les avenues.
trop vite passées.
Le reflet de l'inconnu,
dans la grande vitre d' en face;
La boutique de l'Antiquaire,
qui vendait ses oiseaux de bois,
ses bonhommes de fers,
et des vases d'autrefois,
peints de fleurs et de flammes éteintes,
ici et là s'étendait son pâle enfer;

toi, l'inconnu que je n'ai pas retenu, un de ces quatre matins glacé, -c'était peut être hier;
Tu avais, d'un simple regard, compris le drame de l'antiquaire.
Qu'est-tu devenu ? Où t'a porté la vie, et maintenant qu'es-tu ? Un sac d'os toi aussi?
Trainant ta carcasse et fumant dans ton lit?
Qu'importe si le vent t'emportes, mais murmure-moi, doucement, la réponse attendue.
Ne t'en fais pas, je leurs dirais que c'est les étoiles, ou peut être, un être étrange, dans une galaxie perdue;
Tu vois, maintenant on se ressemble, et l'heure douce est venue, de te poser ma question indécente, trop longtemps retenue :
Penses-tu que nous ne serons que des cendres fumantes, éparpillée sur l'océan étendu ? Les vagues répètent leurs danses étranges, dans d'inlassable roulement bleus, étirements cyan, dont la mousse écumante et blanche explose en nuée sur le sable doré, près des petits crabes barbus.
Qui sait ? J'entendrais peut-être ta réponse, dans la dernière heure noire, d'une vie d'escroc biscornu.

Néanmoins, je continue :


ode aux rois disparus,
aux animaux encore sauvages,
aux déchets gris et puants,
qui habitent les rues.
Aux paysages aveuglant,
à la lumière qui tombe, pluie d'or, sur les rebords
de ma fenêtre. L'aube défendue
et prospère, rayons jaunes dans ma poussière.
Ode à la profondeur sonore,
de ces quelques notes, sur ce grand piano noir;
à la beauté d'une guitare aux cordes usées,
noble mais abandonnée. Elle raisonne encore, seule, quand on la frôle,
avec gravité.
ode aux tendres clochards,
qui grelotent par terre,
entre trois canettes de bières,
à leurs gants troués,
leurs sourires d'édentés,
vois-tu sur leurs morceaux de carton,
ils dessinent
les frontières de notre civilisation.
un abîme
profond et sans couleurs

ode aux bars pourpres,
éviscérés de monde,
à ces amis d'un moment seulement,
à ces breuvages alcoolisés,
qui, dit-on, aident à oublier.
Ode à certaines fleurs de la terre,
qui naissent et meurent sans que personne ne les regardent
ode à la chaire de ma chaire,
à mes soeurs et à mes frères,
à ma mère et à mon père,
aux femmes sans vertu,
à ta bouche rouge, inconnue,
à la galaxie interstellaire
à l'humanité, monstrueuse et entière
et à toi, que j'ai perdu.

que trépassent les rêves et les erreurs
de naguerre,
l'amour et la guerre,
le sang et les nuages,
puisque nous ne serons que cendres,
sur ces terres et ces mers sans âges,
il restera nos paysages, peut être, ces quelques
avenues
le soleil brulant, le rire des enfants,
la mer pâle et nue,
la beauté de l'oiseau sauvage,
et les petits crabes barbus.

Ils étaient là avant-nous déjà, au temps des dinosaures. Je te le dis, à toi, si tu l'ignores, cher inconnu, murmure aux quatre coins du petit ciel, la vérité perdue.

Lacet, 3 am, 17 novembre.

samedi 12 novembre 2011

Black Tulip

Tulipe noire

On s’est tous un peu perdu sur la route, parfois sans étoiles.
Et la tulipe noire, éclose de ta pourpre bouche a déposé le voile :
De l’infinie perte, d’une raison abstraite, folie primaire et déchirante.
La chute d’un oiseau maladroit dont le chant encore aujourd’hui me hante.
Au loin tombaient, uns a uns, les sombres pétales. L’éffondrement d’un empire, dans un cri guttural. Lave en mon âme décharnée, secouée de peur. Dans la nuit sans lumière j’entends encore la clameur. Et je te revois, toi et ton sourire, tes yeux clairs et rieurs, fut un temps ou ma seule lumière était ses deux lacs pâles, dénués de couleurs. On dessinait le monde.

Sache que je ne t’oublierais pas. Malgré la haine, ces trains et ces avions qui déchirent les paysages et le ciel.
la distance sournoise, les mensonges terribles.

Douloureusement, tu es cachée dans mon cœur cet abîme, amie, et personne, jamais, ne t’y trouveras. tulipe noire, histoires d’autrefois.


J’entends la clameur, je perçois les rumeurs. Mains noueuses, virevoltant désarrois. Mais toi, comme moi, peut-être qu’un de ces jours, on sera heureux, en montrant du doigt la beauté, les plumes de l’oiseau, la lumière dorée, l’eau translucide où les vagues s’anéantissent dans un murmure sans âge et sans couleur. Sur le sable, doucement.

La trace légère d’une patte de mouette encrée dans le béton gris, près du port. Et sans faire vraiment de bruits, nos souvenirs qui s’évaporent.

Voyage sans fin, route illuminée. Musique d’un autre monde, basses stellaires et violons enchaînés. Je te souhaite d’être assise au bord de la mer, dans un vieux café, quelque part en Amérique latine, heureuse, dans la lumière et un son de Bossa, je te souhaite les tangos brûlants. Et les rêves d’autrefois. À ton départ, à tes vingt ans. Toi, que je ne reverrais pas.

Lacet 3:31 am november 7, london.

samedi 28 mai 2011

A nos cadavres invaincus


Les filles se faufilaient chancelante sur la banquette arrière en cuir brun, nous descendions impétueusement des hauteurs et tandis que les montagnes sables s’empourpraient dans la chaleur de l’après midi, le soleil rugissait d’Est en Ouest, imposant son règne brulant et couvrant la plaine d’un habit d’or paisible et tendre, lumineux et reposant où les herbes courtes et sèches bruissent simplement guidées par le vent. Comme les fenêtres étaient ouvertes, certains bras dépassaient, nous nous racontions des histoires et ça riait en se passant la gnole, on descendait les lacets montagneux avec inconscience. Les virages s’enchainaient brutalement tandis que L, du regard, pénétrait l’azur. On apercevait la baie bleue, ça nous régalait mais la chaleur nous agrippait comme une deuxième peau et nous n’avions plus d’eau, il fallait garder un peu d’alcool pour la nuit. Alors, assoiffé nous décidâmes de nous arrêter dès la première bicoque qu’on croiserait. C’était un plateau et l’altitude n’était plus si élevée, il y avait une maison et une grange, un vaste champ de blé des montagnes, assez incroyable. On s’ébrouait à demander de l’eau a un vieux type et y’avait une fille un peu plus loin, dans l’ombre, ça me revient comme un poème.

Le soleil s’éteignait, jetant ces derniers rayons pourpres. Le vent des plaines souffle, elle est debout dans les blés blonds et ses cheveux couleurs souffre se jettent pêlemêle sur son visage. Sous la grange l’ombre fraiche. Elle frémit de nos regards, timide en sa beauté incroyable. Il fallait boire avant de repartir, mais on trainait. Le déluge des nuits incertaines fut oublié dans ces montagnes, on laissait nos frousses de côté, abolissant les frontières incertaines du passé, tandis que la chaleur en nos corps montait, on regardait danser les cadavres habituellement invaincus de nos rêves et déchirement passés, dans un sourire et sans coup de poignard au coeur. Il ferait bientôt nuit et tout était foutrement au poil, mais grillé et montagnes et champs de blés et Thelonious Monk et la fille et la gnole. Bientôt le feu crépiterait on pourrait se serrer et se raconter des histoires, moi je ressassais tous ces trucs sans sens qu’on m’avait dit et qu’on avait fait. Puis l’alcool nous a un peu fait perdre la tête, y’avait une mare d’eau sombre, et des grosses pierre et avec P. on se disait, en les escaladant, que les femmes étaient foutrement belles, et on vacillait, le cœur nous sortait presque de la bouche quand on manquait de se casser la patte, ivre sur les rochers, près de l’eau qui dort et de l’onde qui parfois se ride quand le vent de l’Est souffle.

On arrivait enfin en ville, j’emportais le sourire de la gosse des blés, les piailleurs faisaient du bruit et passaient sans se retourner. C’était une cohorte affamée et brune qui se disputait le monde, qui se disputait le droit de vivre et s’essoufflait dans le désir ravageur de toucher du doigt l’idéal occidental. On nous aurait vendu n’importe quoi. Le monde était une vaste arnaque, qu’on se disait. Enfin, pas le monde, mais plutôt ce qui en sort, tous ces mots et toutes ces images qui te remplissent la tête depuis que t’es tout gosse. tous ces bouquins qui parlent d’amour, de leurs yeux comme les branches d’un ruisseau qui s’unissent pour ne plus se défaire, abolissant dès lors, le reste de l’univers. Arnaque, qu’on vous dit, et ça s’apprend avec la vie. Le mieux, c’était encore de faire comme nous, de ne croire en rien et de barouder. Le pire, c’est que la conception occidentale n’est pas la plus mortelle. Il y a de l’autre côté des mer, précisément là où on était, des affamés, dévorés du sentiment injuste d’être né du mauvais côté, s’abrutissant devant les chaines Européennes ou Américaines, rêvant de tout ce qu’on a, alors que tout ça, c’est qu’un grand bluff intersidéral poussant à la consommation et nous rendant tous insatisfait et foutrement cons, mais de ce côté là de la terre, c’est pire. On sentait une rage intérieure grondante, malsaine. C’était des braves gens pourtant, et gentil, mais malheureux, aussi malheureux qu’on pouvait l’être du côté occidental, d’eternels insatisfait, mais encore plus rongés que nous.

L’alcool et la drogue sont de bons exutoires en ce monde étrange. Pour un moment seulement. Trainer sa carcasse humide sur le sol insalubre. Le bloc gris et carré vomit ses images mouvantes et colorées, qualifiées d’abrutissantes par la majorité, mais que tous regardent sans se lasser, bref la T.V et son bourdonnement sonore aux aurores te file la nausée. L’horizon esquinté, de par ta fenêtre est nacré, morose. Le ciel n’est qu’un long vertige écumant, mouvants nuages blancs. Tu t’endors sur le sol en bois dur, tes paupières s’enlisent et quand tes deux billes s’ouvrent à nouveau, le temps a foutu le camp il fait nuit, il fait bon. Volutes de fumée dans la nuit bleue, clope au bec. Et c’est reparti pour un tour, pour un jour ou pour une nuit de l'absurde. Et le monde, c’est dans nos yeux à tous que tu ruisselles.


12.05.11

mardi 3 mai 2011

Gringos




Tu te rappelles.

Les routes ensoleillés perdues dans la campagne où le blé dorait paisiblement, parfois battu par le vent dans une fanfare d’invisibles criquets noirs. Notre vieille guimbarde s’accrochait à chaque trou de la chaussée, ça nous rendait hilares ces violentes embardés. Elle était noire et américaine, attrapait le soleil et ronronnait dans des bruits de moteur. Je l’entends souvent encore, bercement fauve de mes nuits toxiques. On s’arrêtait ici et la, le ciel était rouge au soir, les verres tintaient sans fracas. Certains au matin, dormaient dans la poussière et leurs visages étaient marqués par le soleil fort de cette région des terres, les basanés. Parfois on débarquait dans des villes suantes et grouillante comme Tijuana, on se ruait sans tourmente dans les bordels les plus infâmes et on les faisait gueuler, sans vagues à l’âme aucun. La nuit était belle, goulot scellé aux lèvres et les gens riaient. La musique semblait venir de partout, flotter en permanence autour de nous, des guirlandes lumineuses, rouges et vertes, je m’en souviens, se baladaient de fenêtres en fenêtres, lueurs floues de l’obscurité, pavés de pierres illuminés par le jaune blafard des lampadaires, l’architecture était basse et carrée, des palmiers à chaque boulevard. Certains, mains dans la main, disparaissaient dans les coins les plus noirs, on entendait leurs pas qui s’éloignaient, leurs sandales frappaient les dalles, et leurs rires nous parvenaient dans un écho tremblant. Je me rappelle d’une femme, j’étais saoul devant le bar et t’étais dedans, les filles et l’alcool t’attiraient comme un insecte en mal de lumière, et tu ne sortais de ton repère, qu’à l’aube, les poches désespérément vides. Je restais fumer au dehors, te rejoignais parfois.

Elle était très brune, ses yeux noirs étaient troubles, son visage émacié était parcheminé et marqué par la vie au soleil. Elle stoppa net sa marche vacillante à quelques pas seulement de moi, me brula de son regard humide et se mit à danser, les yeux clos, esquissant un sourire, dans une valse ivre qu’elle seule semblait entendre. Alors, imperceptiblement, je me suis rapproché, je voulais moi aussi entendre la musique saoule qui rythmaient ses pas chancelant. Doucement j’attrapais sa main, sèche et brune. Elle ouvrit les yeux dans un sursaut et son rire appela le mien, elle baragouina des mots que je ne pouvais pas comprendre, mais on embrassait, à ce moment là, éméchés, le même idéal de bonheur simple et doux. Enfin, je la lachais et de nouveau elle ferma ses yeux, longtemps, comme un merci, pour me tourner le dos et disparaître, dévorée par la nuit. Parfois on arrivait dans des villages paumés et les gens nous proposaient de temps en temps de dormir chez eux, dans de petits lits blancs, presque au sol, ça nous changeait des sièges en cuir de notre américaine alors on acceptait. En échange on les aidait, on partait le matin sur les routes pleine de poussière et de caillasse sable qui se rependait en nuage opaque quand une auto passait, s’occuper du bétails et d’autres affaires. On avait l’impression d’avoir dépassé les limites du monde. Et ce sentiment de plénitude était enivrant. Mais il suffisait d’une bonne castagne pour nous ramener, très vite, à la réalité moite. Parfois, on fuyait mais quand on y parvenait on se vengeait, tout affront sans raison devait être puni, ça coulait dans nos veines. Un coriace et un maigrichon nous avaient dépouillé une nuit à Santa Ana en agitant les couteaux. On était resté plus d’une semaine, à arpenter le même quartier, Los Lagos, un marché de nuit où il s’y vendait principalement de la bouffe et des conneries, des gens saouls s’attablaient contre les planches en bois face au cuisinier gouttant, ils parlaient fort, buvaient, et la vapeur blanche des fours bon marchés rejoignait le ciel noir, l’atmosphère était étouffante. On restait à fumer et à boire contre le perron en pierre, près de la fontaine, centre de la place. C’est la sixième nuit, qu’on les a retrouvé, dans une rue éloignée, on était fiers, on a revendu leurs bagues.

Quand on arrivait près du littoral, les fenêtres ouvertes, roulant doucement, qu’on apercevait l’océan pacifique et les plages lumineuses, si grandes qu’elles en étaient vierges de monde, je me sentais comme un roi sans royaume, entouré d’or, et toi tu me disais d’aller plus vite. De voir l’eau si proche, la chaleur brulait ta peau. On avait déployé nos ailes et l'ombre sombre gigantesque et froide avait toujours, sur nous, un sacré train de retard. L'océan nous aspirait, c'était un siphon inversé, on restait jusqu’au soir, puis on allait manger et boire. On bouffait désossé la chatte des putains et tout ce qu’il nous restait dans le gosier c’était un arrière-goût de rien. Alors on revenait, fumer le cul posé sur le capot sombre qui reflétait les lumières blanches et aériennes, devant la mer, juste avant que la nuit ne se meure. Tellement de filles qui mouillent pour l’inaccessible, qu’on se disait. Ou de pauvres bigots qui ne veulent pas casser leurs routines fades, d’enfants de putains sans états d’âmes, de juges et de prêcheurs, d’embobineurs et de charlatans, qu’on était bien heureux, assis sur le capot, sans même une montre pour donner l’heure.


samedi 30 avril 2011

Take a chill out pill



Julia, la première fois que je t’ai vue, tu courrais dans le noir des rues, bousculée par des sacs à vins aux joues roses. On voyait que tes yeux noirs, qui brillaient. T’avais deux grands traits sombres sur le visage, qui salissaient ta peau blanche et tes pupilles étaient deux grandes planètes solitaires et séparées dans un cosmos éclaté, ta voie lactée était pourpre. Alors sans trop savoir pourquoi, je t’ai prise par la main, gosse égarée et je t’ai volée aux lourdauds suants qui te caressaient. On est monté dans ma chambre, après un petit détour, tes pas claquaient sur le sol mat et tu grelottais dans ton haut de dentelle et dans ton jean abimé, j’avais rien pour te réchauffer et tu me serrais la main fort, t’avais pas peur, même quand on a passé la porte. Pourtant, une chambre d’hôtel, s’est quand même ambigu. La baie révélait la ville dans toute sa splendeur singulière, nous murmurait ses secrets par signaux lumineux, blancs jaunes rouges et verts, nous racontait la vie, et le bleu roi et sombre de la nuit qui de ses bras fermes l’enveloppait entièrement, la prenait avec force, ne la sublimait que d’avantage. En plein jour, les immeubles carrés et les buildings qui bandaient jusqu’au ciel ne m’inspirait qu’un vague mépris, un dédain anodin pour cette architecture grossière et ces nuages gris. Mais leurs éclats dans la pénombre, ce spectacle de lumières à toutes hauteurs et de toutes couleurs me remplissaient d’un calme serein, l’horizon même pollué, une fois de plus, m’apaisait. Et toi, tu tremblais même plus, t’étais hypnotisée aussi je crois, d’ailleurs on ne se parlait pas. On fumait, j’étais pas dans un meilleur état que toi et dès que des yeux je quittais la baie, je me sentais sombrer dans mes délires acides, tout vibrait. Tu attachais ton regard à ma peau comme un félin trop curieux, je le sentais, et il faisait chaud. Il n’était pas 3 heures encore, le métro aérien qu’on ne voyait pas passait, en trombe, dans son habituel éclat de fer. T’as commencé à fouiller dans mes affaires, t’as sorti mes deux appareils, l’argentique, un Fed 2, réplique d’un Leica, relique russe de 63, et mon numérique. Puis t’as regardé ma guitare renversée sur ma valise et t’as dit : « Prends moi en photo. ».

Le lendemain le ciel était blanc, la lumière du jour blessait mes yeux. Les tiens étaient grands ouverts et me fixaient étrangement. Nous sommes allé déjeuner, on refaisait le monde, avec l'impression d'être deux gosses perdus qui s’étaient enfin retrouvés. Cette même journée, on s’est juré de ne jamais s’aimer. Parce que l’amour c’est pour les branques, comme tu le dis si bien.

vendredi 29 avril 2011

Réflection Solaire



Réflexion Solaire - Réflection Solaire

beauté dans un paysage dans la musique ou dans toute formes d'art

Solal des Solals

Tu connais la race solaire ? Je ne parle pas des noirs, des jaunes, des blancs, des verts, de religions occultes ou d’une secte étrange. Non, juste d’un goût inné pour l’art et sa beauté, pour la Beauté. Et quand t’en es doté, tu t’élèves bien plus haut que la masse difforme, qui continue sa marche vers l’ignorance et la brutalité. Elle délivre tous les prisonniers d’une routine moite. Ton envolée de pensées d’ailleurs, t’entraînent bien plus loin que ces pas dérisoires et forcés, tu es ton propre échappatoire, oubliant la puanteur du bus, et les murs gris. La beauté d’une phrase qui te ressemble, si désarmante de vérité qu’elle te renverse le cœur. Beauté de chaque instant, goût de la beauté qui te guide vers l’absolu et le meilleur. Sens de la beauté distinct. Et tout ce que tu désires ou presque, s’en vient rouler à tes pieds. Tu savoures tes plongeons dans la mer et ressort hurlant littéralement de bonheur. Tu sais déceler la beauté fragile d’un rayon de lumière qui pénètre ta fenêtre ces matins d’hiver, s’échouant sur ta table pleine de poussière, poussière qui alors se transforme en une sorte d’or. Les allumés. La beauté dans chaque petite chose. Les drogués. Tous les jours sa dose de beauté, beauté dans ta colère sournoise, dans ton torse bombé qui cesse de respirer pour pouvoir dire : non. Voyage même entre les barreaux sales de ta cage dorée. La race solaire s’échappe, saisi les fulgurants instants de beauté, se nourrit des détails, se réinvente, invente, se perd, hurle, a soif de vengeance, a soif de vivre, s’envole avec les basses puissantes des musiques stellaires, la race solaire est perdue dans ses pensées, est absente, s’efface de la réalité, préférant rêver à de plus beaux desseins, la race solaire saigne, s’emmourache des plus beaux, des interdits, la race solaire sombre, dans la drogue, dans la folie, déchire sa voix les nuits ivres, se colle à un corps inconnu pour trouver un réconfort, pour trouver quelqu'un depuis trop longtemps absent, la race solaire crée, est incomprise, ne crée plus, ne respire pas, suffoque, ne respire plus.


samedi 23 avril 2011

deep waters


"chaque homme tue ce qu’il aime le plus au monde. » O.W.


Tu dors et j’ai les yeux ouverts sur le vide, les pupilles dévorées par la nuit sombre, je ne distingue rien. Je voudrais que ton souffle soit aussi régulier que les vagues qui viennent s’échouer au bord de nous. Elles, ne meurent pas en silence. J’aimerais te dire, te réveiller, te murmurer que bientôt, le soleil d’or te réchauffera à nouveau, réchauffera nos deux corps en lambeaux. Mais le soleil dort et mes yeux comme deux billes sombres cherchent la lune absente de la pénombre, la lisière brulante d’un horizon trop vite éteint. L’écume blanche des vagues esquintées me murmure de douloureux secret, et caresse tes cheveux, éparses, dans le sable humide. Je revois le bateau, et puis le quai, tes départs, les miens, nos voyages et nos aventures qu’on imaginait sans fin. La chaleur, le vacillement de l’air condensé au milieu de la route oubliée, au dessus du goudron noir. Un mirage, tout semblait danser. Dans l’herbe brulée je t’ai prise, je t’enlevais à tout, je t’enlevais tout et tu riais, si fort. Au bord de l’eau noire sous un ciel obscure, je te serre et tu es glacée, le soleil est mort, la nuit me bouscule, à jamais arrêtée.

(Tu m’appelais mon loup, si seulement t’avais su.)


SUICIDE- Ghost Rider



vendredi 8 avril 2011

3 voyages


Mon reflet se découpe à toute vitesse sur les vitres d’un métro furibond que je regarde passer sans s’arrêter, reflet saccadé.

Des badauds aux jambes blanches et poilues prennent le soleil, allongés dans l’herbe et raides comme des piquets. Le vent souffle à mes oreilles, comme si quelqu’un trop près respirait bruyamment au creux de mes tympans, des graviers blancs tout par terre, la poussière s’envole parfois, quand des petits enfants aux genoux blessés courent. Le soleil fort encre mon ombre au sol et ce que je préfère, c’est ma cigarette noire, quand je tourne la tête, drôle de silhouette. Assis sur ce banc, enveloppé du brouhaha constant de centaines de gens sur l’herbe et par terre, attendant le brûlant et ses rayons solaires, je pense. Il est beau ce parc. Et t’es plutôt jolie aussi. Dommage que tu ne sois pas là, mais ma solitude ne me dérange plus. Je crois. J’ai écumé les bars, fait de douces folies, vomi mes trippes sur les trottoirs, on s’arrêtait les soirs, dans des parkings noirs, taper de la poudre, avaler quelques psychotropes qui rendaient nos vies troubles. Du haut de mes 20 ans, je commence a comprendre ce qu’il se passe tout autour, j’ai enfin compris la course absurde de la vie et le néant vautour. La solitude n’est qu’une question d’habitude.

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Paris, t’es belle. Tu me tourmentes. Combien de milliards d’inconnus se sont collé à ton ciment nu ? Combien vont et viennent en toi, chaque jour ? Combien rêvent de toi et de ta beauté flagrante bien que grise ? La beauté assassine de paris, promise à des milliards d’étrangers. Je baiserais tes pavés sales de ma bouche où chaque nuit en mon sommeil s’exhale le souvenir des heures passés en ton intimité. Sublime dans ta nomenclature, dans ton architecture d’une beauté criminelle. Tes bancs de bois sont verts et des amoureux s’y bécotent à la Brassens, le tremblement de la feraille grise quand le métro puissant mais rouillé, passe dans un tonnerre, tandis que ses voyageurs, de toute couleur et de toutes terres, s’entassent. Les lignes aériennes, leurs yeux se rivent à la seine, dans un quotidien presque charmant. Paris mon aventure, ma promise et ma blessure. Sache que je te reviendrais.

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Le monde nous surprend pourtant.

Partir en mer, dans un bateau de misère, sa coque est rouge, délavée, ses voiles sont grises, l’horizon bleu nous défie, et le vent dans tes cheveux me ferait presque aimer la vie. Les cheveux fins qui s’entremêlent. Des vagues soulèvent nos cœurs, tandis que le bateau tape et éclabousse, quelques gouttes surprennent nos visages, je ne sais pas trop où nous partons comme ça. On aurait dû rester sur la plage et dans les rochers, à essayer d’attraper de petits crabes noirs et verts, t’aurais crié parce que t’as peur de tout, et on les aurait libéré ensuite. Le vent nous abandonne, la fuite vers l'infini s’arrête, fallait s’y attendre, on a jamais vraiment de chance. A part celle de s’être trouvé, alors je retire ce que je viens de dire. Nous sommes au milieu de nul part, d’un océan innommable, à attendre, sans se parler. On se complait dans un silence presque parfait, au milieu de la mer désormais d’huile, le soleil nous caresse, te sublime, douce chaleur envahissante. Soudain tu cries que tu as chaud, on saute à l’eau, je te colle à la coque écaillée du bateau, tes lèvres sont humides, ta bouche rouge, tu souries. Je pourrais de mes mains te broyer, si j'en avais l'envie.



(burn like fire in cairo)

samedi 2 avril 2011

Les toits du monde.





je met des photos que j'ai prise moi, finalement. La première était de Barbé, mais représentait pas la vision que j'en avais la lumière et la chaleur.


Divagation III.

(cette vie qu'on nous impose nous vide de notre essence je suppose)

T’es belle Cécile et quand tes cils noirs dégoulinent ton iris émeraude m’apparaît sublime.


Cécile et ses cils noirs glisseront dans la nuit sans daigner feindre un au revoir qu’elle aurait pu chuchoter dans la pénombre d’un appartement trop grand pour une solitude affable. Que résonnent dans les catacombes du monde les mots que tu n’as jamais dit tandis que l’ivresse gagne nos êtres ensevelis. Qu’ils cognent aux cavités de ton âme, dans un écho lugubre et retentissant, a rendre fou le plus censé d’entre nous, ton corps est une grotte où les mots humides se cognent et raisonnent. Une tempête. Une tempête de sable fouettait son visage strié de larmes trop longtemps retenues. Violent soubresauts de vie. Saisir le vide de tes mains nues ou juste, entre le pouce et l’index, la cigarette, tu souries en tirant, un peu saoul, t’oublies. Et c’est bien mieux comme ça. Tu fais ton dédaigneux quand tu bois. Ferme les yeux, les lumières t’aveuglent pense aux papillons bleus du désert qui n’existent que dans tes rêves. Plonger son visage dans le sable aride mais chaud d’une plage sans mer dont tu as bêtement oublié le nom. Se remplir la bouche de sable et attendre. Lente suffocation, le soleil pèse et brûle ton crâne aux cheveux sombres, tu voulais juste un au revoir, laché dans la pénombre et chuchoté par des lèvres furibondes, d’un rouge pourprement incroyable. Tu rêves de scorpions noirs le soir, endormi contre les trottoirs dur non loin du bar où ta biture rend la vie indolore, oublie. Comme dit l’autre y’a bien pire que nous, y’a bien pire que tout. Mais c’est pas ça le pire, le pire c’est que des millions d’êtres enhardis dont tu fais partie, dans un sourire insipide, courent vers l’avenir en courbant l’échine, et tout cela sans prière, mes frères.
Tu sais lire entre les lignes où faudra-t-il que je t’explique ? C’était une promesse que le monde t’avait faite, les voyages, les amours magnifiques et fort, le sublime et l’ivresse. mais aujourd’hui que tout s’échappe et que tu baisses la tête, les yeux rivés au sol, répétant les mêmes gestes, pour gagner ta gamelle, les bleus de ton âme se cognent à la frustration sauvage d’un miroitant mirage qu’on a fait apparaître. Oasis incomplète. Alors il faut se battre ou bien sombrer, course haletante de la vie. Cécile boit dans un bar aux lumières aussi rouge que sa bouche. L’encre sèche sur ses pages blanches, et la mer lui manque. Un clodo arrive tout boitant, léchant son unique dent et gueulant : je t’aurais beauté, je te baiserais la vie. Et c’est l’expression de nos sentiments à tous, tristement enfouis. Cécile le sait, ses cils sont humides alors, mais qu’importe cette pauvre fille. Qu’importe cette pauvre vie, où écrasés nous haletons, mal nés, manque de pot, trop de goût pour la beauté, marmot. Ta mélancolie s’accroche à tes sabots, et tes pas sont lourds, si lourds. Foudroyant éclair déchirant ton être et aveuglant tes yeux quand se pointe la vérité, le secret bien gardé d’une vie d’esclave. Sur les toits du monde, s’il te plait, s’il vous plait, mes frères, et sans prière, tout est plus beau vu d’en haut, et c’est pas moi qui le dit, et la lumière est jaune et t’as moins peur que la nuit. On a plus besoin de boire, on a plus besoin de whiskey, les appartement sont gris, la lumière te nourrit, le ciel d’azur est troué de nuages nacrés, tu t’amuses avec les antennes de fer, la ville est à tes pieds, panorama urbain où les petites tours te défient, où les immeubles gris, pleins de charme et de linges suspendus te saluent, le béton ne ressemble plus à du béton sur ce toit, et tes pieds nus se réchauffent, tandis que le vent souffle, la ville est à tes pieds, les cheveux blonds de cécile lui fouettent le visage, son sourire est chaleureux et son épaule nue te rend carnassier. La vi(ll)e est à tes pieds mais tout reste incomplet où sont les papillons bleus du désert et les scorpions noirs qui rampent sur ta chaire ? Dans un éclair, dans la misère, les cauchemars et les rêves, à jamais confondus. Les petites gens vu d’ici, sont vraiment tout petit, tu perçois encore leurs cris, et les rugissements d’une moto deux cents chevaux qui pétarade puis disparaît laissant place au silence. Fonds dans l’air et disparaît, tremble sans tourmente. Explose en milliards de minuscules particules solaires et rayonne une dernière fois, tandis que tu t’éparpilles aux quatres vents. Tu seras un petit bout du désert, et du sable près de la mer. Mais tu restes fier. C’était toi, le roi du couteau.



I'M COLD.(you gotta pay the price)

samedi 26 mars 2011

I could tell they was mine from the oil and the gasoline.


Divagation II (ca vaut rien mais ça fait du bien)

Suprême beauté qui envahit tes yeux ces matins où tout n’est que cendre dans tes mains froide. C’est la joue contre le bitume que t’as traversé cette nuit, glaçante de mépris, de solitude. Ta bouteille. Dans ta gueule. T’as voulu fuir ? Tu bouffes maintenant. Tu bouffes. Mais c’est pas bien grave parce que le sol gris, aujourd'hui, c’est un peu ta mère et puis ton père aussi. Alors oui, les nuits noires, tes yeux se fatiguent à chercher les lumières blafardes qui pourraient sublimer le ciel, les quelques milliards d’étoiles. Mais pas ce soir, non pas ce soir. Y’a les lampadaires. Recroquevillé contre la terre, contre le sol, saoul et seul. Mais c’est pas grave, t’entends, c'est pas bien grave. Les matins solitaires, ta barbe a poussé, et tu sais que chaque pas t’emporteras un peu plus loin qu’hier, vers de nouvelles terres. Et t’as faim, mais c’est pas grave mec. La faim c’est qu’un grand trou qui te déchire le bide, et puis, un moment, ça passe la faim. Et t’es seul, mais c’est pas grave non plus, t’as assez vécu pour savoir que dans cette vie, on est toujours seuls. Et que ceux qui vivent encore bordés d’illusions à la con, se feront enculer dans peu de temps. C’est triste mais vrai. Mais relativise mec, y’a la lumière d’or qui habille les rues grises et belles, les mains sur les bouteilles de whiskey, les yeux de l’inconnue, que tu croises et qui t’oublies. Parfois, parfois, elle baisse les yeux. Mes inconnues, leurs regards de braise qui se détournent. Et puis y’a les gens que tu croises une fois et avec qui tu ris, y’a les gentils, parce que oui ça existe, et les corps qui s’entremêlent avec violence et magnificence. Y’a la musique aussi, que tu peux plus écouter, mais que t’imagines assez bien. Parfois, tu hurles des pourquoi à la lune qui ne te répond pas, déchirant ta gorge et ta voix, et quand t’entends, au loin, des pas qui se rapprochent de toi et qui claquent sur le macadam, tu files, tu fuis, tu dévales les escaliers de pierres dans la nuit et te retrouve les pieds dans le sable froid. Dans l’eau noire, tu flottes, doux remous, plus calme que ceux de ton âme, les yeux grand ouverts a défier le monde, tu fais la planche, et le sel ravit tes lèvres, quand l’eau claque sur ton visage. T’as pas peur, et pas froid.

Guéthary, mon amour, tes matins me manquent. Tu marchais dans les petites rues encore vides de monde. Toujours cette lumière d’or dont je parle souvent et qui baignait ton cœur de petite ville basque, oui les nuits étaient folles, on se bourrait la gueule jusqu’au bout, et les matins, si beaux. La mer et son étendue bleue s'étirant à l'infini. C’était un village en hauteur, et on voyait l’océan posté sur le fronton. Pour y accéder, fallait descendre des tas de marches grises et mal taillées, ça tournait, un peu, comme les lacets de Biarritz. Et quand t’arrivais en bas, bonheur rare. L’après-midi il faisait chaud, et le sol brulait tes pieds, le sable aussi, y’avait d’énormes rochers qu’on escaladait, presque nus, des kilomètres de pierres, parfois plates, souvent coupantes, pour rejoindre l’autre plage, Louhabia. le soleil frappait notre dos, et on était fiers. Après l’épopée, on courrait dans les vagues en riant puis, quand l’après-midi s’étéignait. On partait, affamés, défoncés, du sel plein les cils vers le fastfood le plus proche. Guethary mon amour . Tes maisons aux toits et volets rouges. Maite zaitut Euskal Herria.

T’as pas peur et pas froid, mais t’es seul, et souvent la nuit est cruelle.

Suprême beauté qui envahit tes yeux ces matins vibrant d’un soleil que tu ne pensais plus revoir. Le mieux c’est quand tu prends le bus ou n’importe quoi d’autre, mais que tu bouges vite, tôt, que les paysages changent et défilent, te surprennent de leurs beauté assassine. Le monde est beau, baigné dans cette lumière sublime.

(Et y’a aussi les nuits bleues, le béton des villes sombre, les lumières rouges et jaunes des phares, des feus. La vie qui t’entoure te submerge, et tu te sens vivant. Les grandes villes t’ensorcèlent, tellement grouillante de vie et d’atmosphère changeante, dans la chaleur ou sous la pluie.)


blue jean blues



dimanche 20 mars 2011

suite

le début est la

[...] Au petit matin, quand il passait la lourde porte de son immeuble, dévalant quatre à quatre les escaliers branlant qui gémissaient sous ses pas, le silence étourdissant de ses nuits s’évanouissait enfin, l’aube souriante et claire, vide d’éclair, promesse du pauvre et des incertains lui apparaissait belle et séduisante dans sa reluisante lumière ambrée qui s’accrochait aux pavés des rues de son enfance. Le soleil était loin de son apogée, l’air était frais et doux en même temps, chacun vaquait pressé, à ses occupations du matin, et les regards se croisaient sans jamais s’accrocher. Les jours s’écoulaient lentement, et à mesure que le temps passait, que la chaleur s’intensifiait, réchauffant les trottoirs, et les selles noires des vélos rouillés laissés à l’abandon près du port ou du marché, que le cœur de Barcelone s’excitait un peu plus chaque jour dans l’exaltation bouillante des nuits folles, de l’alcool, et de la fête espagnole emprunte d’une chaleur moite et de rires forts. Les corps, bruns, enivrés, se réveillaient collés, engourdis à l’aube tandis que des éclats de verres, s’amoncelaient dans les rues, reflétant le soleil d’or , relique des nuits d’ivresses, encore ardentes de beauté. La bohème, Barcelone s’emballait, La nuit toujours, les talons des femmes claquaient sur les sols en bois, elles dansaient dans des robes rouges, incendiaient de leurs regards noirs les hommes, dans des froufrous impressionnant tandis qu’un vieux basané derrière, grattait sa guitare un sourire au lèvre, stoppant parfois les danses et la cadence pour remplir son gosier trop sec d’une lichée fraiche. Ces femmes embrasaient les bars, les places, les restaurants craquant de touristes palots qui applaudissaient craintivement, se hâtant le spectacle fini, de rentrer à leurs hôtels, à leurs ennuis. La nuit elle, moite, brûlante d’ivresse, enflammée, continuait son envolée. On dansait à Barcelone, et c’était beau. Les amours naissaient hâtivement, précipitamment, caresses interdites contre les seuils, baisers volés dans l’ombre des crépuscules éteints, contre les murs. L’été était là, ensorcelant et moqueur et tandis que tous s’affairaient à vivre, les cernes creusaient le visage d’Ignacio et son être devenu blafard semblait dévoré par une tourmente sans âge. Si elle ne l’aimait pas, il mourrait, ou partirait, il ne savait pas trop. Il continuait à l’épier quelques jours, connaissant désormais son sourire, et les endroits qu’elle fréquentait.

Une nuit pourtant, haletant et suant, parcourant du regard le sol de son appartement jonché de pages arrachés avec rage. Ses avant-bras collés au bois mat de son petit bureau, il se résigna à accepter les prochains mots qui viendraient noircir les pages blanches de son cahier.

« Tu ne m’as jamais vu, je crois. Mais moi, je te vois. Tu ne m’aimeras pas, je le devine d’avance. Ne te moque pas. Car je te verrais dans tous les endroits familiers que mon cœur enlace, dans ce petit café, dans le parc de l’autre côté de la rue, près du marronnier de la grande place, et de toutes les fontaines. Je te verrais dans chaque doute, à l’aube quand les songes noieront mes yeux, je te verrais encore, je te verrais toujours. Et ton ombre sans cesse étreinte par des bras inconnus, finira de consumer mon être pour n’en faire qu’un tas de cendre froide. Je te verrais constamment, et mes yeux seront aveuglés par ton mirage. Mais si tu veux me rencontrer, je serais dimanche au parc de la Ciutiadella à 18h, sur le troisième banc, près du vendeur de pipas. » Il ne signa pas, mis la lettre dans une enveloppe, et entreprit de la glisser dans sa boite aux lettres. Il savait qu’elle se rendait aux aurores dans sa cour aux pavés gris, encore prise par le sommeil, le regard embué mais doux, dans une robe légère, relever le courrier chaque lundi.

Vers dix heures du matin, sa sœur Nova, lui rendit visite, ses yeux étaient rouges d’avoir trop pleuré, elle avait trois ans de moins que lui.

« - Il recommence, c’est l’enfer Ignacio là-bas. C’est pire depuis que tu es parti. »

Il adorait sa sœur, c’était même une des seules personne qu’il avait jamais aimé, de toute sa vie. Ses cheveux noirs, son sourire mutin, ses yeux bleus délavés, presque gris. Petit, ils partaient en cavale les deux, fuyant la maison et ses cris, et s’inventaient des histoires, un brin de blé doré au coins de leurs lèvres, fumant leurs premières cigarettes. Courraient dans les rues de Barcelone, soudés et heureux. Sa mère l’indifférait, lourde et corpulente, toujours à ses fourneaux, son autre sœur était plus petite, et son père, son père. Il frissonna, et glissa vite la main dans sa poche gauche.

En vérité, il ne savait pas quoi lui dire. Alors il ne dit rien mais de ses doigts parcouru l’entaille qui abimait le visage de sa sœur. Elle recula.

« - On a pensé avec Carmen, que peut-être, on pourrait venir chez toi quelque temps tu sais..

- Je regrette. C’est impossible pour le moment. » Lacha-t-il, encore envahi de son étrange projet.

Nova avait regardé sa bouche s’ouvrir, la phrase naitre, tomber, retentir mollement dans l’hyper espace, et quand elle fut totalement dite et comprise, totalement entendue, il y eut comme un grand éclat dans son cœur, et quelque chose à jamais, se brisa en elle. Un reste d’espoir peut-être. Quoiqu’il en fut, elle le fusilla du regard, bien que ces yeux se remplissaient de larmes amères, débordant de ces cils et brûlant ses joues, elle tentait de les retenir malgré tout, par fierté. La douleur l’envahissait. Elle prit son petit sac en cuir brun, à l’attache toute abimée et laissa les gâteaux sur la table de son frère, descendit les escaliers avec hâte alors qu’il la suivait, et s’enfuit en courant dans les rues de pierre qu’elle connaissait si bien, comme avant ou presque, car seule désormais. La tête d’Ignacio dépassait de l’embrasure de la porte, il voyait la rue, entendait les pas de sa sœur raisonner tandis qu’elle s’éloignait, se décida à faire quelques mètres et haussa les épaules, rebroussant chemin.

lundi 14 mars 2011

Part I+ Part II (beginnin of my new book DUDE)

C’était l’époque où les rues étaient encore sales et où il flottait dans l’air une chaleur écrasante, étouffante. Les corps étaient en sueur. Ça parlait fort tout autour. Les femmes portaient des débardeurs et leurs épaules et cous, nus, fiévreux avaient quelque chose de fascinant. Le balancement improbable de leur chevelure, virevoltant au rythme de leurs pas, le frémissement constant de leurs omoplates et la chaleur, moite, rendait l’excitation des hommes rance, troublante. Certains fumaient dans les bars, chez le vieux Carmelo, mais la plupart restaient dehors, à cracher des pipas et se raconter des histoires. Quand elles passaient, poussant des poussettes foireuses dont les roues se coinçaient à chaque embardées, les yeux rivés sur le marmot qui geignait faiblement, abruti par le soleil plombant. Tous les regards fixaient leurs dos, perlant de sueur, et leurs fesses aussi. Certains souriaient, déjà alourdis par l’alcool, d’autres sifflaient. Quelques insultes pouvaient fendre l’air alors : à Barcelone, les femmes avaient du caractère. Le plus inquiétant était un gringalet, toujours posté à la même place, se balançant sur sa chaise d’école grise et rouillée, il contemplait silencieusement, sans jamais se mêler à la cohue environnante. Ses yeux noirs, enfoncés, ne lâchaient la proie qu’à l’instant funeste où elle disparaissait, ne devenant qu’un point dans l’horizon pollué. Ignacio, « Pollila » car ses vêtements étaient toujours troués.

Les dimanches se ressemblaient souvent. Des petits gosses à la tignasse sombre traversaient sans crier gare. Des miraculés. Milles fois, les hommes, les femmes, les vieux, les vieilles, les mimes et les marchands de fruit de la grande place s’arrêtaient dans leurs activités, et restaient le souffle coupé, croyant qu’un petit allait passer sous les roues fortes d’une automobile. Mais ils frôlaient la mort sans jamais la toucher, anges insouciants, et on les voyait courir, s’évaporant dans la jungle urbaine, hommes en devenir. Leurs rires raisonnaient partout, Barca leur appartenait, ils connaissaient chaque recoin de la ville, des rues de pierres qui s’entremêlent, labyrinthe pourtant, et grimpaient en haut des lourdes statues grises, invoquant les esprits de la guerre, le doigt pointé vers le ciel, dans d’imaginaires duels. Ils filaient au port ensuite, et quand la nuit tombait, que la lumière d’or se raréfiait, les mères les chopaient au collet, et les débarrassaient de leurs tee-shirt rayé maculés de terre et de poussière.

Ignacio avait dans le cœur, et depuis un certain temps déjà, une jeune fille aux yeux vert. Il était resté des nuits entières, tandis que la fête battait son plein dans la brulante Barcelone où même les putains édentées arrivaient à te faire rire et jouir, dans son petit appartement aux lattes de bois, et dont l’unique fenêtre donnait sur la rue des Ramblas. Les poings crispés et pensif, il cherchait vainement les mots pour conquérir sa belle, véritable obsession. Il l’avait vu un de ces dimanches d’avril, qui passait, indolente devant chez Carmelo. Elle était belle, élancée, des cils noirs, une bouche rouge. Sa robe aux motifs fleuris et l’ondulation de ses hanches l’avait séduit, excité. Un frisson s’était baladé le long de son échine, il se sentait fébrile, troublé, et n’en serrait que plus fort le petit couteau qu’il gardait toujours au fond de sa poche gauche. Il l’avait suivi, presque hypnotisé, lui qui d’habitude restait campé sur sa chaise, ignorant les moqueries retentissantes « Mais où tu pars comme ça Pollila ? Elle est pas pour toi ! ». Elle semblait tellement insouciante, elle devait avoir 15 ans, peut être 16 et n’avait même pas remarqué la présence étrange d’un garçon frêle qui fondait dans chacun de ses pas.

Il était resté une heure ou deux devant chez elle, elle vivait non loin de la Sagrada Familia mais n’était pas ressortie. Il était alors rentré chez lui agité, et ses yeux noirs aux profondeurs obscures semblaient hallucinés par sa beauté. Ce jour-là son calvaire avait commencé. Etait rentré dans chacun de ses pores pour ne plus jamais le lacher. Il y pensait sans cesse, s’aventurait parfois jusque chez elle mais ne l’abordait jamais. Il ne dormait plus. Il avait dans l’idée, de lui écrire un mot, si touchant, si beau, qu’elle ne pourrait que l’aimer. Toutes les nuits, penchés sur une table en bois mat, cadeau de sa grand mère maternelle, il écrivait. Mais aucun mot ne lui semblait assez juste pour décrire la profondeur de son ressenti envers cette étrangère. Quand il n’y arrivait pas, le seul réconfort qu’il trouvait, était au fin fond de sa poche gauche, il glissait ses doigts contre le lin et caressait de ses mains mate et noueuses le manche de son taramundi en bois d’olivier.

Les rares fois où le sommeil arrivait à le surprendre une nuée de rêves et de souvenirs se succédaient. Il était enfant et fixait ses mains à quelques centimètres seulement de son visage. Elles étaient marquées, les lignes de ses paumes sèches ressemblaient à des cicatrices. Un cri retentissait alors au loin, d’une voix qu’il connaissait mais n’identifiait pas. Brusquement, il relevait la tête, la neige était partout dans les rues, un blizzard édifiant. Des comètes déchiraient le ciel, rouge sang, les flocons glaçés obstruaient par moment sa vue et le ciel semblait trembler sous son voile pourpre. Il courrait alors, et le froid meurtrissait ses poumons à chaque suffocation. Dans les méandres de son songe, il mit des heures à parcourir les quelques mètres qui le séparait de Bégur, village de son enfance. Quand il franchit le seuil de sa maison, il vit d’abord ses sœurs, Carmen et Nova, leurs cheveux sombres étaient coupés, et rependus partout sur le sol à carreaux blancs, il demandait « pourquoi, pourquoi, pourquoi ? » tandis que leurs larmes ruisselaient mais des pas rapides, fermes et puissant se firent entendre, ils raisonnaient si fort, si fort que c’en était un supplice. Quand son père apparaissait un sourire au visage, et les yeux vides, Ignacio se réveillait en sursaut, chancelait jusqu’à son lavabo, et se remettait à écrire.

Au petit matin, quand il passait la lourde porte de son immeuble, dévalant quatre à quatre les escaliers branlant qui gémissaient sous ses pas, le silence étourdissant de ses nuits s’évanouissait enfin, l’aube souriante et claire, vide d’éclair, promesse du pauvre et des incertains lui apparaissait belle et séduisante dans sa reluisante lumière ambrée qui s’accrochait aux pavés des rues de son enfance. Le soleil était loin de son apogée, l’air était frais et doux en même temps, chacun vaquait pressé, à ses occupations du matin, et les regards se croisaient sans jamais s’accrocher.

dimanche 13 mars 2011




Y’avait un truc dans ses yeux qui m’ disait : cette fille là, faut que j’l’emmène. Faut que j’la prenne. J’avais envie de lui dire « fais pas ta pute et pars avec moi, on sera saouls toutes les nuits, jte collerais aux murs si tu veux et même si tu veux pas d’ailleurs, je sais qu’tu veux être libre. Y’a pleins de théories sur la liberté. Conneries. être libre c’est juste pouvoir se barrer où tu veux, quand tu veux, avec qui tu veux, et j’sais que tu veux te tirer d’ici, avec n’importe qui. Mais bon. On dit pas des choses comme ça. Alors je lui ai murmuré :

Dans l’ombre et la lumière
dans les affres profonds de la misère
Ou dans les gouffres sans fond et ténébreux de la terre
Pars avec moi.
Nous cavalerons comme des chiens les nuits d’enfer
Et la musique épouvantable fracas de tonnerre
Rythmera nos vies, papillons de nuits éphémères.
On sera ivres et chancelant, tu seras fière
De frôler les murs, petit chat de gouttière
Fondant dans l’ombre des nuits étrangères.


Dans l’ombre et la lumière
dans les affres profonds de la misère
Ou dans les gouffres sans fond et ténébreux de la terre
Pars avec moi.
Y’aura ton sourire, quand on s’approchera de la mer
Le fracas et l’écume seront nos pères et nos mères
Y’aura les clairières, trouées d’or et de lumières
Tu seras belle à mourir, douloureusement amère

Puis on reprendra la route, sans penser au cimetière
Qui dans le crépuscule nous attend.

(Parce qu’on aura vécu pour de bon, tu m’entends ?)

samedi 12 mars 2011

Phoenix

« Ceci n’est pas une fiction. »

On partait en scooter, casque ouvert et sans visière, totalement high déjà. On partait dans les montagnes Cal se défoncer le crâne et boire toute la journée. On ressortait des bars, ivres, titubant mais entier et on allait se poser dans un coin d’herbe fraiche, au soleil, en admirant la beauté du paysage et souvent, le verre à la main, le canout en bouche. Le ciel était la plupart du temps, très bleu, parfois percé de quelques nuages laiteux. Les montagnes nues en face de nous étaient juste somptueuses, et on se repaissait de tant de beauté à nos yeux si crûment offerte. Il y avait des pins tout en bas, on ne voyait que les cimes, penchés dans l’herbe, et presque dans l’abîme. Quelques fois, on entendait les cloches d’un troupeau qui passait en bas, on riait, se levait, mais on apercevait rarement les bêtes. Chacun invitait l’autre à fumer et à boire, on avait le même âge et on se connaissait tous. On faisait la fête, le Mexique nous offrait des kilos de drogues diverses, on avait droit à des hallucinations étonnantes d’ailleurs. Bref, on s’enfonçait dans la débauche tous ensemble, on s’aimait d’une manière un peu particulière et dévastatrice, on s ‘inquiétait de l’autre, tout en se poussant sans cesse à la consommation. On partageait vraiment tout.

Y’avait Estelle, elle était belle. Elle ne s’en rendait pas compte. Toujours le sourire aux lèvres à te charrier. Pourtant, personne n’a jamais su percer son cœur et ses secrets je crois, elle restait inapprochable en ce sens. C’était étrange. Elle avait de longs cheveux bruns aux reflets châtains, magnifiques, elle les lâchait parfois, en me racontant des histoires à dormir debout. Elle s’amusait de ma naïveté, et quand vraiment, ses histoires et racontars devenaient impossibles à croire, je m’énervais, sentant qu’elle m’avait, une fois de plus, menée en bateau. Elle éclatait de son rire sonore alors, et un sourire aux lèvres, je la défiais de m’y reprendre un jour. Mais elle y arrivait toujours. Son rire comme un écho, retentit dans mon crâne et blesse mes tympans. On était comme des frères. Une grande famille. Y’avait Eki l’ bandit, meulette d’enculé, personnage paradoxal, c’était un filou, il avait une gueule d’ange, mais il voulait à tout prix être un bandido, il avait commencé tôt, une boucle à l’oreille, ça lui donnait un air de pirate, il me montrait ses liasses avec un air de gosse en se marrant comme pas possible. Jon, qui aimait les « trippi trippi » les champis et la poudre, Paulo, un type maigrichon avec un nez de juif. On l’appelait le Juif, alors que c’était moi le juif, mais c’était drôle, il avait une cabane, on planquait la came la bas. Y’avait J, une chevelure noire et bouclée. Des yeux. Aussi bleus que les profondeurs glacées de l’océan, vraiment, cerclés de noir, et ponctués de petit éclats dorés. On s’était connus il y a quelques années déjà, on déconnait ensemble, mais on ne devinait pas qu’on resterait amis ; que nos routes fusionneraient, se croiseraient, s’entremêleraient à tel point, que plus tard, on se retrouverait mêmes voisins. Elle était toujours fourrée chez moi, on testait des trucs. Elle avait perdu son père le jour de noël, et c’était une gosse paumée. Elle pieutait chez moi, quand on ne sortait pas. Avec du recul, je crois bien qu’elle fuyait quelque chose, elle aussi désirait bien plus que ce que la vie pouvait lui offrir. On était très proches, mais on ne parlait jamais de sentiments ou de cul. C’était comme ça, pacte tacite de notre amitié. On faisait que se marrer, se camer, on voulait pas penser aux malheurs qui marquent les vies, innondent les globes oculaires la nuits, se faufilent dans les cœurs parfois et te glacent, te frappent d’une peur insensée et orpheline. Mais tout nous rattrape toujours, et on la retrouvait pieds nus à 4h du matin, bourrée et en larmes, dans des rues pleines de verre à gueuler le nom de son père. On ne peut pas enterrer ses ombres.

On se rejoignait souvent en petit comité, j’veux dire par là, moi Charline Estelle J parfois Eki et A. tous les après-midi presque, dès qu’on avait fini les cours. On fumait, déconnait, contemplait les vagues qui doucement allaient s’échouer sur le sable, on les regardait naître et rouler tranquillement, sans lassitude aucune. Elles mourraient paisiblement. L’écume nous fascinait. Quand j’étais pas trop perché pour ça, j’leur racontais des histoires, des tas d’histoires, j’ leur parlais de musique et d’art, des grands films, et j’étais tellement pris dans ce que je disais, tellement habité par la seule chose qui pour moi donne un sens a ce monde, que ça leur aurait presque filé l'envie de regarder le film, ou d’écouter la musique et d’abandonner leur techno hard-core l’espace d’une seconde. Le soir on partait en caisse à la « Frontera » y’avait des lumières rouges, on était camés c’était beau, on allait vite, on s’arrêtait à chaque parking pour décoller. Y’avait toujours un truc de prévu. On s’ quittait plus. Des fois j’avais envie de briser la vitre de sortir pendant que la voiture continuait sa course impromptue vers l’infini néant, de jeter mes chaussures, et de sentir le béton mouillé, froid, les graviers qui blesseraient mes pieds. J’avais envie de me coller au macadam et à ses milles reflets, quand averse il y avait. Et de rester là. A attendre. On attend toujours quelque chose. Seulement rares sont ceux qui savent exactement quoi. Je voulais sentir mon torse tout contre la dureté du sol, me retourner, violemment, érafler mon corps, c’est comme ça la vie, pour moi, écorcher sa vulnérable peau contre un bitume salement dur et attendre quelques secondes avant de voir le sang doucement s’écouler. La vie, un pari perdu d’avance. Je voulais me retrouver sous l’immensité étoilée, apercevoir au loin les lumières chimiques, rouges, vertes, bleues, jaunes. Les points colorés dans mes pupilles dilatées. J’aurais dû leur dire de s’arrêter, et attendre la mort là. Ca les aurait fait marrer, j’ sais qu’ils ne m’auraient pas laissé. Qu’ils m’auraient encore traité de fou. Mais tout ce qu’on faisait était si vide de sens. C’était nous les ombres maintenant, c’était nous. Je restais la, absent, pendant qu’on se dirigeait à toute vitesse vers un endroit stellaire qu’on connaissait déjà trop bien. J’entendais E. me charrier et me tirer de mes rêveries macabres.

On s’anéantissait. C’en était devenu infernal. On pensait plus correctement, on était plus à même de penser d’ailleurs, et arrivait toujours le redouté moment où la réalité t’explosait en plein visage. Pourtant, on s’était efforcés de la fuir usant de tous les moyens possibles et imaginables.on tentait de s’évader laissant notre sang sur les murs, on cavalait partout, mais on ne s’échappe pas si facilement des lugubres tourments de sa propre vie vouée au néant.On s’enfonçait dans la nuit, affables et hagards. Acides et autres conneries. mais le pire restait la kétamine et l’héro. On en prenait vraiment trop, et ça nous bousillait tous. Ça bombardait atrocement dans tout ton corps et ton crâne. Tu finissais la tête contre la vitre de ta bagnole au petit matin. On cherchait un peu de chaleur auprès d’un irréel et dévastateur soleil. Léo, c’est nous les morts. On avait voulu effacer les ombres. C’était nous les ombres. C’était nous les ombres. Désormais. On errait, flottait à dix mètres du sol. Rencontrant sans cesse les mêmes visages. Certes nos pieds ne touchaient plus le sol, mais on bougeait jamais vraiment de place,toujours dans cette même vie, froide et sans espace.

Alors je suis parti, je sentais que l’un de nous, allait mourir bientôt, et je pressentais que ça serait moi, que je serais sûrement le premier, car la tourmente m'arrachait sans cesse à nos envolées et ouvrait sa gueule béante pour me dévorer tout entier. Je suis parti, je ne me le suis pas avoué de suite, , sinon j’ serais toujours au même endroit et sûrement six pieds sous terre. J’me suis juste dit qu’il fallait que je prenne l’air une semaine. Une semaine et pas plus. D’ailleurs j’en étais persuadé. j’aurais pas voulu laisser tout ça, j’aimais trop ces gens, je les aimais follement, depuis deux ans. On était plus seuls. Et c’était tous "des saints, des anges et des martyrs". Des gosses. Mais ça menait à rien. J'ai décampé sans vraiment le savoir, une pote m’a invitée chez elle, et deux jours après, on me proposait un job. Les semaines se sont écoulées, ils me disaient que je les avais abandonnés. Je me sentais un peu coupable. Mais j’étais tellement pris par la vie que la drogue me manquait même pas. Y’avait qu’eux qui me manquaient. J’y pense tous les jours. Je sais qu’ils continuent leurs conneries, que je leur manque aussi, je sais que je les reverrais. Qu’on partira dans les montagnes ou à la mer, dans les xaxis. Qu’on arpentera à nouveau les nuits jusqu’à rencontrer l’aube, froide et grise, un demi sourire accroché à la face. J’espere juste que les ombres n’auront pas totalement dévoré leurs visages.

vendredi 4 mars 2011

Les gueules cassées

Les gueules cassées.( divagation I )

« Tues-moi, toute façon, j’m’en fous. »

Si elle pensait qu’elle ne m’avait pas déjà tué, de toute façon. Etre indésirable, et indésiré, raclure de l’humanité. Ma prose est morbide, vos sourires fades. Pulsion de mort assassine. Je sens le soleil lécher mon visage et mes yeux se plissent dans une tourmente sans âge, sauvage et rancunière. Jette les mégots avec dédain. Dans cette immensité, rien ne va, ou alors, c’est juste toi, et toi seul qui n’as pas ta place en surface. Sous la terre alors ? A gratter et noircir tes ongles. Sous la terre, comme les vers. Des cris d’enfants, je les perçois depuis mon balcon, cris de joie, de vie, d’envie ; Le bruit régulier de la canne de la vieille qui vient taper sur ce macadam mouillé. Allume une cigarette. Perpétue ta rêverie, tandis qu’ils te rattrapent, eux et leur foutue réalité. Des éclats de soleil, sur la table ronde et grise, l’ombre d’un cendrier de pierre et ma colère, sournoise. Mon rejet du monde et de moi-même, le néant rattrape sans cesse mon être quant à l’absurdité d’une vie pareille. On sait qu’il faut se battre, « arracher son petit bout de bonheur avec les dents », comme disait Antigone. J’aimerais partir, je crois qu’on aimerait tous tellement partir. Une terre étrangère à mon cœur, bordée de soleil, de lumière, d’un vent calme, doux, une main qui te serre durant ce périple de vie incertain, dans une vieille auto verte et rouillée, le vert, je te laisse l’imaginer, même si moi je le pense un peu foncé. Avec de la musique d’un autre monde, et des secondes vagabondes qui s’écouleraient, le temps d’un battement de cils, des nuits sauvages et presque sans sommeil, le soleil nous éveillerait, blesserait nos pupilles, ces matins nus, pliés, courbaturés, dans l’auto délabrée. Gratter la terre, cette fois ci en surface et sans cassures. Sable brûlant, tandis que la mer scintille et nous aveugle dans les moments les plus forts de l’après-midi. Toujours cet aveuglement de nos pupilles, cette blessure un peu violente, ce trop de lumière qui nous prouverait que, oui, on est en vie. Réapprendre l’existence dans des gestes simples et se gorger de paysages, sans fin et magnifiques. Utopie triste tandis que cloué à ma chaise grise, j’entends les rumeurs d’une ville fatiguée, où les êtres enchainés, se battent et gigotent, sans vraiment savoir pourquoi, ni comment. Cependant, j’ai un bout de soleil qui lèche ma page et mon visage, encore quelques cigarettes, tandis que le temps passe. De la musique pour noyer la vérité d'une vie qui nous esquinte quant au sortir de l'enfance, unes a unes, les bougies de nos rêves se retrouvent éteintes. Dans le noir alors putain, à la recherche de nos étreintes invisibles et sans nom. Il nous reste l'ailleurs, et l'éclat aveuglant qui pourrait réchauffer ta peau encore un certain temps. Mais, et si tout ceci, l'ailleurs y compris, n'était qu'un ramassis futile de conneries. (alors il n'y aurait pas de vie?)