samedi 30 avril 2011

Take a chill out pill



Julia, la première fois que je t’ai vue, tu courrais dans le noir des rues, bousculée par des sacs à vins aux joues roses. On voyait que tes yeux noirs, qui brillaient. T’avais deux grands traits sombres sur le visage, qui salissaient ta peau blanche et tes pupilles étaient deux grandes planètes solitaires et séparées dans un cosmos éclaté, ta voie lactée était pourpre. Alors sans trop savoir pourquoi, je t’ai prise par la main, gosse égarée et je t’ai volée aux lourdauds suants qui te caressaient. On est monté dans ma chambre, après un petit détour, tes pas claquaient sur le sol mat et tu grelottais dans ton haut de dentelle et dans ton jean abimé, j’avais rien pour te réchauffer et tu me serrais la main fort, t’avais pas peur, même quand on a passé la porte. Pourtant, une chambre d’hôtel, s’est quand même ambigu. La baie révélait la ville dans toute sa splendeur singulière, nous murmurait ses secrets par signaux lumineux, blancs jaunes rouges et verts, nous racontait la vie, et le bleu roi et sombre de la nuit qui de ses bras fermes l’enveloppait entièrement, la prenait avec force, ne la sublimait que d’avantage. En plein jour, les immeubles carrés et les buildings qui bandaient jusqu’au ciel ne m’inspirait qu’un vague mépris, un dédain anodin pour cette architecture grossière et ces nuages gris. Mais leurs éclats dans la pénombre, ce spectacle de lumières à toutes hauteurs et de toutes couleurs me remplissaient d’un calme serein, l’horizon même pollué, une fois de plus, m’apaisait. Et toi, tu tremblais même plus, t’étais hypnotisée aussi je crois, d’ailleurs on ne se parlait pas. On fumait, j’étais pas dans un meilleur état que toi et dès que des yeux je quittais la baie, je me sentais sombrer dans mes délires acides, tout vibrait. Tu attachais ton regard à ma peau comme un félin trop curieux, je le sentais, et il faisait chaud. Il n’était pas 3 heures encore, le métro aérien qu’on ne voyait pas passait, en trombe, dans son habituel éclat de fer. T’as commencé à fouiller dans mes affaires, t’as sorti mes deux appareils, l’argentique, un Fed 2, réplique d’un Leica, relique russe de 63, et mon numérique. Puis t’as regardé ma guitare renversée sur ma valise et t’as dit : « Prends moi en photo. ».

Le lendemain le ciel était blanc, la lumière du jour blessait mes yeux. Les tiens étaient grands ouverts et me fixaient étrangement. Nous sommes allé déjeuner, on refaisait le monde, avec l'impression d'être deux gosses perdus qui s’étaient enfin retrouvés. Cette même journée, on s’est juré de ne jamais s’aimer. Parce que l’amour c’est pour les branques, comme tu le dis si bien.

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