Mon reflet se découpe à toute vitesse sur les vitres d’un métro furibond que je regarde passer sans s’arrêter, reflet saccadé.
Des badauds aux jambes blanches et poilues prennent le soleil, allongés dans l’herbe et raides comme des piquets. Le vent souffle à mes oreilles, comme si quelqu’un trop près respirait bruyamment au creux de mes tympans, des graviers blancs tout par terre, la poussière s’envole parfois, quand des petits enfants aux genoux blessés courent. Le soleil fort encre mon ombre au sol et ce que je préfère, c’est ma cigarette noire, quand je tourne la tête, drôle de silhouette. Assis sur ce banc, enveloppé du brouhaha constant de centaines de gens sur l’herbe et par terre, attendant le brûlant et ses rayons solaires, je pense. Il est beau ce parc. Et t’es plutôt jolie aussi. Dommage que tu ne sois pas là, mais ma solitude ne me dérange plus. Je crois. J’ai écumé les bars, fait de douces folies, vomi mes trippes sur les trottoirs, on s’arrêtait les soirs, dans des parkings noirs, taper de la poudre, avaler quelques psychotropes qui rendaient nos vies troubles. Du haut de mes 20 ans, je commence a comprendre ce qu’il se passe tout autour, j’ai enfin compris la course absurde de la vie et le néant vautour. La solitude n’est qu’une question d’habitude.
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Paris, t’es belle. Tu me tourmentes. Combien de milliards d’inconnus se sont collé à ton ciment nu ? Combien vont et viennent en toi, chaque jour ? Combien rêvent de toi et de ta beauté flagrante bien que grise ? La beauté assassine de paris, promise à des milliards d’étrangers. Je baiserais tes pavés sales de ma bouche où chaque nuit en mon sommeil s’exhale le souvenir des heures passés en ton intimité. Sublime dans ta nomenclature, dans ton architecture d’une beauté criminelle. Tes bancs de bois sont verts et des amoureux s’y bécotent à la Brassens, le tremblement de la feraille grise quand le métro puissant mais rouillé, passe dans un tonnerre, tandis que ses voyageurs, de toute couleur et de toutes terres, s’entassent. Les lignes aériennes, leurs yeux se rivent à la seine, dans un quotidien presque charmant. Paris mon aventure, ma promise et ma blessure. Sache que je te reviendrais.
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Le monde nous surprend pourtant.
Partir en mer, dans un bateau de misère, sa coque est rouge, délavée, ses voiles sont grises, l’horizon bleu nous défie, et le vent dans tes cheveux me ferait presque aimer la vie. Les cheveux fins qui s’entremêlent. Des vagues soulèvent nos cœurs, tandis que le bateau tape et éclabousse, quelques gouttes surprennent nos visages, je ne sais pas trop où nous partons comme ça. On aurait dû rester sur la plage et dans les rochers, à essayer d’attraper de petits crabes noirs et verts, t’aurais crié parce que t’as peur de tout, et on les aurait libéré ensuite. Le vent nous abandonne, la fuite vers l'infini s’arrête, fallait s’y attendre, on a jamais vraiment de chance. A part celle de s’être trouvé, alors je retire ce que je viens de dire. Nous sommes au milieu de nul part, d’un océan innommable, à attendre, sans se parler. On se complait dans un silence presque parfait, au milieu de la mer désormais d’huile, le soleil nous caresse, te sublime, douce chaleur envahissante. Soudain tu cries que tu as chaud, on saute à l’eau, je te colle à la coque écaillée du bateau, tes lèvres sont humides, ta bouche rouge, tu souries. Je pourrais de mes mains te broyer, si j'en avais l'envie.
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