samedi 26 mars 2011

I could tell they was mine from the oil and the gasoline.


Divagation II (ca vaut rien mais ça fait du bien)

Suprême beauté qui envahit tes yeux ces matins où tout n’est que cendre dans tes mains froide. C’est la joue contre le bitume que t’as traversé cette nuit, glaçante de mépris, de solitude. Ta bouteille. Dans ta gueule. T’as voulu fuir ? Tu bouffes maintenant. Tu bouffes. Mais c’est pas bien grave parce que le sol gris, aujourd'hui, c’est un peu ta mère et puis ton père aussi. Alors oui, les nuits noires, tes yeux se fatiguent à chercher les lumières blafardes qui pourraient sublimer le ciel, les quelques milliards d’étoiles. Mais pas ce soir, non pas ce soir. Y’a les lampadaires. Recroquevillé contre la terre, contre le sol, saoul et seul. Mais c’est pas grave, t’entends, c'est pas bien grave. Les matins solitaires, ta barbe a poussé, et tu sais que chaque pas t’emporteras un peu plus loin qu’hier, vers de nouvelles terres. Et t’as faim, mais c’est pas grave mec. La faim c’est qu’un grand trou qui te déchire le bide, et puis, un moment, ça passe la faim. Et t’es seul, mais c’est pas grave non plus, t’as assez vécu pour savoir que dans cette vie, on est toujours seuls. Et que ceux qui vivent encore bordés d’illusions à la con, se feront enculer dans peu de temps. C’est triste mais vrai. Mais relativise mec, y’a la lumière d’or qui habille les rues grises et belles, les mains sur les bouteilles de whiskey, les yeux de l’inconnue, que tu croises et qui t’oublies. Parfois, parfois, elle baisse les yeux. Mes inconnues, leurs regards de braise qui se détournent. Et puis y’a les gens que tu croises une fois et avec qui tu ris, y’a les gentils, parce que oui ça existe, et les corps qui s’entremêlent avec violence et magnificence. Y’a la musique aussi, que tu peux plus écouter, mais que t’imagines assez bien. Parfois, tu hurles des pourquoi à la lune qui ne te répond pas, déchirant ta gorge et ta voix, et quand t’entends, au loin, des pas qui se rapprochent de toi et qui claquent sur le macadam, tu files, tu fuis, tu dévales les escaliers de pierres dans la nuit et te retrouve les pieds dans le sable froid. Dans l’eau noire, tu flottes, doux remous, plus calme que ceux de ton âme, les yeux grand ouverts a défier le monde, tu fais la planche, et le sel ravit tes lèvres, quand l’eau claque sur ton visage. T’as pas peur, et pas froid.

Guéthary, mon amour, tes matins me manquent. Tu marchais dans les petites rues encore vides de monde. Toujours cette lumière d’or dont je parle souvent et qui baignait ton cœur de petite ville basque, oui les nuits étaient folles, on se bourrait la gueule jusqu’au bout, et les matins, si beaux. La mer et son étendue bleue s'étirant à l'infini. C’était un village en hauteur, et on voyait l’océan posté sur le fronton. Pour y accéder, fallait descendre des tas de marches grises et mal taillées, ça tournait, un peu, comme les lacets de Biarritz. Et quand t’arrivais en bas, bonheur rare. L’après-midi il faisait chaud, et le sol brulait tes pieds, le sable aussi, y’avait d’énormes rochers qu’on escaladait, presque nus, des kilomètres de pierres, parfois plates, souvent coupantes, pour rejoindre l’autre plage, Louhabia. le soleil frappait notre dos, et on était fiers. Après l’épopée, on courrait dans les vagues en riant puis, quand l’après-midi s’étéignait. On partait, affamés, défoncés, du sel plein les cils vers le fastfood le plus proche. Guethary mon amour . Tes maisons aux toits et volets rouges. Maite zaitut Euskal Herria.

T’as pas peur et pas froid, mais t’es seul, et souvent la nuit est cruelle.

Suprême beauté qui envahit tes yeux ces matins vibrant d’un soleil que tu ne pensais plus revoir. Le mieux c’est quand tu prends le bus ou n’importe quoi d’autre, mais que tu bouges vite, tôt, que les paysages changent et défilent, te surprennent de leurs beauté assassine. Le monde est beau, baigné dans cette lumière sublime.

(Et y’a aussi les nuits bleues, le béton des villes sombre, les lumières rouges et jaunes des phares, des feus. La vie qui t’entoure te submerge, et tu te sens vivant. Les grandes villes t’ensorcèlent, tellement grouillante de vie et d’atmosphère changeante, dans la chaleur ou sous la pluie.)


blue jean blues



dimanche 20 mars 2011

suite

le début est la

[...] Au petit matin, quand il passait la lourde porte de son immeuble, dévalant quatre à quatre les escaliers branlant qui gémissaient sous ses pas, le silence étourdissant de ses nuits s’évanouissait enfin, l’aube souriante et claire, vide d’éclair, promesse du pauvre et des incertains lui apparaissait belle et séduisante dans sa reluisante lumière ambrée qui s’accrochait aux pavés des rues de son enfance. Le soleil était loin de son apogée, l’air était frais et doux en même temps, chacun vaquait pressé, à ses occupations du matin, et les regards se croisaient sans jamais s’accrocher. Les jours s’écoulaient lentement, et à mesure que le temps passait, que la chaleur s’intensifiait, réchauffant les trottoirs, et les selles noires des vélos rouillés laissés à l’abandon près du port ou du marché, que le cœur de Barcelone s’excitait un peu plus chaque jour dans l’exaltation bouillante des nuits folles, de l’alcool, et de la fête espagnole emprunte d’une chaleur moite et de rires forts. Les corps, bruns, enivrés, se réveillaient collés, engourdis à l’aube tandis que des éclats de verres, s’amoncelaient dans les rues, reflétant le soleil d’or , relique des nuits d’ivresses, encore ardentes de beauté. La bohème, Barcelone s’emballait, La nuit toujours, les talons des femmes claquaient sur les sols en bois, elles dansaient dans des robes rouges, incendiaient de leurs regards noirs les hommes, dans des froufrous impressionnant tandis qu’un vieux basané derrière, grattait sa guitare un sourire au lèvre, stoppant parfois les danses et la cadence pour remplir son gosier trop sec d’une lichée fraiche. Ces femmes embrasaient les bars, les places, les restaurants craquant de touristes palots qui applaudissaient craintivement, se hâtant le spectacle fini, de rentrer à leurs hôtels, à leurs ennuis. La nuit elle, moite, brûlante d’ivresse, enflammée, continuait son envolée. On dansait à Barcelone, et c’était beau. Les amours naissaient hâtivement, précipitamment, caresses interdites contre les seuils, baisers volés dans l’ombre des crépuscules éteints, contre les murs. L’été était là, ensorcelant et moqueur et tandis que tous s’affairaient à vivre, les cernes creusaient le visage d’Ignacio et son être devenu blafard semblait dévoré par une tourmente sans âge. Si elle ne l’aimait pas, il mourrait, ou partirait, il ne savait pas trop. Il continuait à l’épier quelques jours, connaissant désormais son sourire, et les endroits qu’elle fréquentait.

Une nuit pourtant, haletant et suant, parcourant du regard le sol de son appartement jonché de pages arrachés avec rage. Ses avant-bras collés au bois mat de son petit bureau, il se résigna à accepter les prochains mots qui viendraient noircir les pages blanches de son cahier.

« Tu ne m’as jamais vu, je crois. Mais moi, je te vois. Tu ne m’aimeras pas, je le devine d’avance. Ne te moque pas. Car je te verrais dans tous les endroits familiers que mon cœur enlace, dans ce petit café, dans le parc de l’autre côté de la rue, près du marronnier de la grande place, et de toutes les fontaines. Je te verrais dans chaque doute, à l’aube quand les songes noieront mes yeux, je te verrais encore, je te verrais toujours. Et ton ombre sans cesse étreinte par des bras inconnus, finira de consumer mon être pour n’en faire qu’un tas de cendre froide. Je te verrais constamment, et mes yeux seront aveuglés par ton mirage. Mais si tu veux me rencontrer, je serais dimanche au parc de la Ciutiadella à 18h, sur le troisième banc, près du vendeur de pipas. » Il ne signa pas, mis la lettre dans une enveloppe, et entreprit de la glisser dans sa boite aux lettres. Il savait qu’elle se rendait aux aurores dans sa cour aux pavés gris, encore prise par le sommeil, le regard embué mais doux, dans une robe légère, relever le courrier chaque lundi.

Vers dix heures du matin, sa sœur Nova, lui rendit visite, ses yeux étaient rouges d’avoir trop pleuré, elle avait trois ans de moins que lui.

« - Il recommence, c’est l’enfer Ignacio là-bas. C’est pire depuis que tu es parti. »

Il adorait sa sœur, c’était même une des seules personne qu’il avait jamais aimé, de toute sa vie. Ses cheveux noirs, son sourire mutin, ses yeux bleus délavés, presque gris. Petit, ils partaient en cavale les deux, fuyant la maison et ses cris, et s’inventaient des histoires, un brin de blé doré au coins de leurs lèvres, fumant leurs premières cigarettes. Courraient dans les rues de Barcelone, soudés et heureux. Sa mère l’indifférait, lourde et corpulente, toujours à ses fourneaux, son autre sœur était plus petite, et son père, son père. Il frissonna, et glissa vite la main dans sa poche gauche.

En vérité, il ne savait pas quoi lui dire. Alors il ne dit rien mais de ses doigts parcouru l’entaille qui abimait le visage de sa sœur. Elle recula.

« - On a pensé avec Carmen, que peut-être, on pourrait venir chez toi quelque temps tu sais..

- Je regrette. C’est impossible pour le moment. » Lacha-t-il, encore envahi de son étrange projet.

Nova avait regardé sa bouche s’ouvrir, la phrase naitre, tomber, retentir mollement dans l’hyper espace, et quand elle fut totalement dite et comprise, totalement entendue, il y eut comme un grand éclat dans son cœur, et quelque chose à jamais, se brisa en elle. Un reste d’espoir peut-être. Quoiqu’il en fut, elle le fusilla du regard, bien que ces yeux se remplissaient de larmes amères, débordant de ces cils et brûlant ses joues, elle tentait de les retenir malgré tout, par fierté. La douleur l’envahissait. Elle prit son petit sac en cuir brun, à l’attache toute abimée et laissa les gâteaux sur la table de son frère, descendit les escaliers avec hâte alors qu’il la suivait, et s’enfuit en courant dans les rues de pierre qu’elle connaissait si bien, comme avant ou presque, car seule désormais. La tête d’Ignacio dépassait de l’embrasure de la porte, il voyait la rue, entendait les pas de sa sœur raisonner tandis qu’elle s’éloignait, se décida à faire quelques mètres et haussa les épaules, rebroussant chemin.

lundi 14 mars 2011

Part I+ Part II (beginnin of my new book DUDE)

C’était l’époque où les rues étaient encore sales et où il flottait dans l’air une chaleur écrasante, étouffante. Les corps étaient en sueur. Ça parlait fort tout autour. Les femmes portaient des débardeurs et leurs épaules et cous, nus, fiévreux avaient quelque chose de fascinant. Le balancement improbable de leur chevelure, virevoltant au rythme de leurs pas, le frémissement constant de leurs omoplates et la chaleur, moite, rendait l’excitation des hommes rance, troublante. Certains fumaient dans les bars, chez le vieux Carmelo, mais la plupart restaient dehors, à cracher des pipas et se raconter des histoires. Quand elles passaient, poussant des poussettes foireuses dont les roues se coinçaient à chaque embardées, les yeux rivés sur le marmot qui geignait faiblement, abruti par le soleil plombant. Tous les regards fixaient leurs dos, perlant de sueur, et leurs fesses aussi. Certains souriaient, déjà alourdis par l’alcool, d’autres sifflaient. Quelques insultes pouvaient fendre l’air alors : à Barcelone, les femmes avaient du caractère. Le plus inquiétant était un gringalet, toujours posté à la même place, se balançant sur sa chaise d’école grise et rouillée, il contemplait silencieusement, sans jamais se mêler à la cohue environnante. Ses yeux noirs, enfoncés, ne lâchaient la proie qu’à l’instant funeste où elle disparaissait, ne devenant qu’un point dans l’horizon pollué. Ignacio, « Pollila » car ses vêtements étaient toujours troués.

Les dimanches se ressemblaient souvent. Des petits gosses à la tignasse sombre traversaient sans crier gare. Des miraculés. Milles fois, les hommes, les femmes, les vieux, les vieilles, les mimes et les marchands de fruit de la grande place s’arrêtaient dans leurs activités, et restaient le souffle coupé, croyant qu’un petit allait passer sous les roues fortes d’une automobile. Mais ils frôlaient la mort sans jamais la toucher, anges insouciants, et on les voyait courir, s’évaporant dans la jungle urbaine, hommes en devenir. Leurs rires raisonnaient partout, Barca leur appartenait, ils connaissaient chaque recoin de la ville, des rues de pierres qui s’entremêlent, labyrinthe pourtant, et grimpaient en haut des lourdes statues grises, invoquant les esprits de la guerre, le doigt pointé vers le ciel, dans d’imaginaires duels. Ils filaient au port ensuite, et quand la nuit tombait, que la lumière d’or se raréfiait, les mères les chopaient au collet, et les débarrassaient de leurs tee-shirt rayé maculés de terre et de poussière.

Ignacio avait dans le cœur, et depuis un certain temps déjà, une jeune fille aux yeux vert. Il était resté des nuits entières, tandis que la fête battait son plein dans la brulante Barcelone où même les putains édentées arrivaient à te faire rire et jouir, dans son petit appartement aux lattes de bois, et dont l’unique fenêtre donnait sur la rue des Ramblas. Les poings crispés et pensif, il cherchait vainement les mots pour conquérir sa belle, véritable obsession. Il l’avait vu un de ces dimanches d’avril, qui passait, indolente devant chez Carmelo. Elle était belle, élancée, des cils noirs, une bouche rouge. Sa robe aux motifs fleuris et l’ondulation de ses hanches l’avait séduit, excité. Un frisson s’était baladé le long de son échine, il se sentait fébrile, troublé, et n’en serrait que plus fort le petit couteau qu’il gardait toujours au fond de sa poche gauche. Il l’avait suivi, presque hypnotisé, lui qui d’habitude restait campé sur sa chaise, ignorant les moqueries retentissantes « Mais où tu pars comme ça Pollila ? Elle est pas pour toi ! ». Elle semblait tellement insouciante, elle devait avoir 15 ans, peut être 16 et n’avait même pas remarqué la présence étrange d’un garçon frêle qui fondait dans chacun de ses pas.

Il était resté une heure ou deux devant chez elle, elle vivait non loin de la Sagrada Familia mais n’était pas ressortie. Il était alors rentré chez lui agité, et ses yeux noirs aux profondeurs obscures semblaient hallucinés par sa beauté. Ce jour-là son calvaire avait commencé. Etait rentré dans chacun de ses pores pour ne plus jamais le lacher. Il y pensait sans cesse, s’aventurait parfois jusque chez elle mais ne l’abordait jamais. Il ne dormait plus. Il avait dans l’idée, de lui écrire un mot, si touchant, si beau, qu’elle ne pourrait que l’aimer. Toutes les nuits, penchés sur une table en bois mat, cadeau de sa grand mère maternelle, il écrivait. Mais aucun mot ne lui semblait assez juste pour décrire la profondeur de son ressenti envers cette étrangère. Quand il n’y arrivait pas, le seul réconfort qu’il trouvait, était au fin fond de sa poche gauche, il glissait ses doigts contre le lin et caressait de ses mains mate et noueuses le manche de son taramundi en bois d’olivier.

Les rares fois où le sommeil arrivait à le surprendre une nuée de rêves et de souvenirs se succédaient. Il était enfant et fixait ses mains à quelques centimètres seulement de son visage. Elles étaient marquées, les lignes de ses paumes sèches ressemblaient à des cicatrices. Un cri retentissait alors au loin, d’une voix qu’il connaissait mais n’identifiait pas. Brusquement, il relevait la tête, la neige était partout dans les rues, un blizzard édifiant. Des comètes déchiraient le ciel, rouge sang, les flocons glaçés obstruaient par moment sa vue et le ciel semblait trembler sous son voile pourpre. Il courrait alors, et le froid meurtrissait ses poumons à chaque suffocation. Dans les méandres de son songe, il mit des heures à parcourir les quelques mètres qui le séparait de Bégur, village de son enfance. Quand il franchit le seuil de sa maison, il vit d’abord ses sœurs, Carmen et Nova, leurs cheveux sombres étaient coupés, et rependus partout sur le sol à carreaux blancs, il demandait « pourquoi, pourquoi, pourquoi ? » tandis que leurs larmes ruisselaient mais des pas rapides, fermes et puissant se firent entendre, ils raisonnaient si fort, si fort que c’en était un supplice. Quand son père apparaissait un sourire au visage, et les yeux vides, Ignacio se réveillait en sursaut, chancelait jusqu’à son lavabo, et se remettait à écrire.

Au petit matin, quand il passait la lourde porte de son immeuble, dévalant quatre à quatre les escaliers branlant qui gémissaient sous ses pas, le silence étourdissant de ses nuits s’évanouissait enfin, l’aube souriante et claire, vide d’éclair, promesse du pauvre et des incertains lui apparaissait belle et séduisante dans sa reluisante lumière ambrée qui s’accrochait aux pavés des rues de son enfance. Le soleil était loin de son apogée, l’air était frais et doux en même temps, chacun vaquait pressé, à ses occupations du matin, et les regards se croisaient sans jamais s’accrocher.

dimanche 13 mars 2011




Y’avait un truc dans ses yeux qui m’ disait : cette fille là, faut que j’l’emmène. Faut que j’la prenne. J’avais envie de lui dire « fais pas ta pute et pars avec moi, on sera saouls toutes les nuits, jte collerais aux murs si tu veux et même si tu veux pas d’ailleurs, je sais qu’tu veux être libre. Y’a pleins de théories sur la liberté. Conneries. être libre c’est juste pouvoir se barrer où tu veux, quand tu veux, avec qui tu veux, et j’sais que tu veux te tirer d’ici, avec n’importe qui. Mais bon. On dit pas des choses comme ça. Alors je lui ai murmuré :

Dans l’ombre et la lumière
dans les affres profonds de la misère
Ou dans les gouffres sans fond et ténébreux de la terre
Pars avec moi.
Nous cavalerons comme des chiens les nuits d’enfer
Et la musique épouvantable fracas de tonnerre
Rythmera nos vies, papillons de nuits éphémères.
On sera ivres et chancelant, tu seras fière
De frôler les murs, petit chat de gouttière
Fondant dans l’ombre des nuits étrangères.


Dans l’ombre et la lumière
dans les affres profonds de la misère
Ou dans les gouffres sans fond et ténébreux de la terre
Pars avec moi.
Y’aura ton sourire, quand on s’approchera de la mer
Le fracas et l’écume seront nos pères et nos mères
Y’aura les clairières, trouées d’or et de lumières
Tu seras belle à mourir, douloureusement amère

Puis on reprendra la route, sans penser au cimetière
Qui dans le crépuscule nous attend.

(Parce qu’on aura vécu pour de bon, tu m’entends ?)

samedi 12 mars 2011

Phoenix

« Ceci n’est pas une fiction. »

On partait en scooter, casque ouvert et sans visière, totalement high déjà. On partait dans les montagnes Cal se défoncer le crâne et boire toute la journée. On ressortait des bars, ivres, titubant mais entier et on allait se poser dans un coin d’herbe fraiche, au soleil, en admirant la beauté du paysage et souvent, le verre à la main, le canout en bouche. Le ciel était la plupart du temps, très bleu, parfois percé de quelques nuages laiteux. Les montagnes nues en face de nous étaient juste somptueuses, et on se repaissait de tant de beauté à nos yeux si crûment offerte. Il y avait des pins tout en bas, on ne voyait que les cimes, penchés dans l’herbe, et presque dans l’abîme. Quelques fois, on entendait les cloches d’un troupeau qui passait en bas, on riait, se levait, mais on apercevait rarement les bêtes. Chacun invitait l’autre à fumer et à boire, on avait le même âge et on se connaissait tous. On faisait la fête, le Mexique nous offrait des kilos de drogues diverses, on avait droit à des hallucinations étonnantes d’ailleurs. Bref, on s’enfonçait dans la débauche tous ensemble, on s’aimait d’une manière un peu particulière et dévastatrice, on s ‘inquiétait de l’autre, tout en se poussant sans cesse à la consommation. On partageait vraiment tout.

Y’avait Estelle, elle était belle. Elle ne s’en rendait pas compte. Toujours le sourire aux lèvres à te charrier. Pourtant, personne n’a jamais su percer son cœur et ses secrets je crois, elle restait inapprochable en ce sens. C’était étrange. Elle avait de longs cheveux bruns aux reflets châtains, magnifiques, elle les lâchait parfois, en me racontant des histoires à dormir debout. Elle s’amusait de ma naïveté, et quand vraiment, ses histoires et racontars devenaient impossibles à croire, je m’énervais, sentant qu’elle m’avait, une fois de plus, menée en bateau. Elle éclatait de son rire sonore alors, et un sourire aux lèvres, je la défiais de m’y reprendre un jour. Mais elle y arrivait toujours. Son rire comme un écho, retentit dans mon crâne et blesse mes tympans. On était comme des frères. Une grande famille. Y’avait Eki l’ bandit, meulette d’enculé, personnage paradoxal, c’était un filou, il avait une gueule d’ange, mais il voulait à tout prix être un bandido, il avait commencé tôt, une boucle à l’oreille, ça lui donnait un air de pirate, il me montrait ses liasses avec un air de gosse en se marrant comme pas possible. Jon, qui aimait les « trippi trippi » les champis et la poudre, Paulo, un type maigrichon avec un nez de juif. On l’appelait le Juif, alors que c’était moi le juif, mais c’était drôle, il avait une cabane, on planquait la came la bas. Y’avait J, une chevelure noire et bouclée. Des yeux. Aussi bleus que les profondeurs glacées de l’océan, vraiment, cerclés de noir, et ponctués de petit éclats dorés. On s’était connus il y a quelques années déjà, on déconnait ensemble, mais on ne devinait pas qu’on resterait amis ; que nos routes fusionneraient, se croiseraient, s’entremêleraient à tel point, que plus tard, on se retrouverait mêmes voisins. Elle était toujours fourrée chez moi, on testait des trucs. Elle avait perdu son père le jour de noël, et c’était une gosse paumée. Elle pieutait chez moi, quand on ne sortait pas. Avec du recul, je crois bien qu’elle fuyait quelque chose, elle aussi désirait bien plus que ce que la vie pouvait lui offrir. On était très proches, mais on ne parlait jamais de sentiments ou de cul. C’était comme ça, pacte tacite de notre amitié. On faisait que se marrer, se camer, on voulait pas penser aux malheurs qui marquent les vies, innondent les globes oculaires la nuits, se faufilent dans les cœurs parfois et te glacent, te frappent d’une peur insensée et orpheline. Mais tout nous rattrape toujours, et on la retrouvait pieds nus à 4h du matin, bourrée et en larmes, dans des rues pleines de verre à gueuler le nom de son père. On ne peut pas enterrer ses ombres.

On se rejoignait souvent en petit comité, j’veux dire par là, moi Charline Estelle J parfois Eki et A. tous les après-midi presque, dès qu’on avait fini les cours. On fumait, déconnait, contemplait les vagues qui doucement allaient s’échouer sur le sable, on les regardait naître et rouler tranquillement, sans lassitude aucune. Elles mourraient paisiblement. L’écume nous fascinait. Quand j’étais pas trop perché pour ça, j’leur racontais des histoires, des tas d’histoires, j’ leur parlais de musique et d’art, des grands films, et j’étais tellement pris dans ce que je disais, tellement habité par la seule chose qui pour moi donne un sens a ce monde, que ça leur aurait presque filé l'envie de regarder le film, ou d’écouter la musique et d’abandonner leur techno hard-core l’espace d’une seconde. Le soir on partait en caisse à la « Frontera » y’avait des lumières rouges, on était camés c’était beau, on allait vite, on s’arrêtait à chaque parking pour décoller. Y’avait toujours un truc de prévu. On s’ quittait plus. Des fois j’avais envie de briser la vitre de sortir pendant que la voiture continuait sa course impromptue vers l’infini néant, de jeter mes chaussures, et de sentir le béton mouillé, froid, les graviers qui blesseraient mes pieds. J’avais envie de me coller au macadam et à ses milles reflets, quand averse il y avait. Et de rester là. A attendre. On attend toujours quelque chose. Seulement rares sont ceux qui savent exactement quoi. Je voulais sentir mon torse tout contre la dureté du sol, me retourner, violemment, érafler mon corps, c’est comme ça la vie, pour moi, écorcher sa vulnérable peau contre un bitume salement dur et attendre quelques secondes avant de voir le sang doucement s’écouler. La vie, un pari perdu d’avance. Je voulais me retrouver sous l’immensité étoilée, apercevoir au loin les lumières chimiques, rouges, vertes, bleues, jaunes. Les points colorés dans mes pupilles dilatées. J’aurais dû leur dire de s’arrêter, et attendre la mort là. Ca les aurait fait marrer, j’ sais qu’ils ne m’auraient pas laissé. Qu’ils m’auraient encore traité de fou. Mais tout ce qu’on faisait était si vide de sens. C’était nous les ombres maintenant, c’était nous. Je restais la, absent, pendant qu’on se dirigeait à toute vitesse vers un endroit stellaire qu’on connaissait déjà trop bien. J’entendais E. me charrier et me tirer de mes rêveries macabres.

On s’anéantissait. C’en était devenu infernal. On pensait plus correctement, on était plus à même de penser d’ailleurs, et arrivait toujours le redouté moment où la réalité t’explosait en plein visage. Pourtant, on s’était efforcés de la fuir usant de tous les moyens possibles et imaginables.on tentait de s’évader laissant notre sang sur les murs, on cavalait partout, mais on ne s’échappe pas si facilement des lugubres tourments de sa propre vie vouée au néant.On s’enfonçait dans la nuit, affables et hagards. Acides et autres conneries. mais le pire restait la kétamine et l’héro. On en prenait vraiment trop, et ça nous bousillait tous. Ça bombardait atrocement dans tout ton corps et ton crâne. Tu finissais la tête contre la vitre de ta bagnole au petit matin. On cherchait un peu de chaleur auprès d’un irréel et dévastateur soleil. Léo, c’est nous les morts. On avait voulu effacer les ombres. C’était nous les ombres. C’était nous les ombres. Désormais. On errait, flottait à dix mètres du sol. Rencontrant sans cesse les mêmes visages. Certes nos pieds ne touchaient plus le sol, mais on bougeait jamais vraiment de place,toujours dans cette même vie, froide et sans espace.

Alors je suis parti, je sentais que l’un de nous, allait mourir bientôt, et je pressentais que ça serait moi, que je serais sûrement le premier, car la tourmente m'arrachait sans cesse à nos envolées et ouvrait sa gueule béante pour me dévorer tout entier. Je suis parti, je ne me le suis pas avoué de suite, , sinon j’ serais toujours au même endroit et sûrement six pieds sous terre. J’me suis juste dit qu’il fallait que je prenne l’air une semaine. Une semaine et pas plus. D’ailleurs j’en étais persuadé. j’aurais pas voulu laisser tout ça, j’aimais trop ces gens, je les aimais follement, depuis deux ans. On était plus seuls. Et c’était tous "des saints, des anges et des martyrs". Des gosses. Mais ça menait à rien. J'ai décampé sans vraiment le savoir, une pote m’a invitée chez elle, et deux jours après, on me proposait un job. Les semaines se sont écoulées, ils me disaient que je les avais abandonnés. Je me sentais un peu coupable. Mais j’étais tellement pris par la vie que la drogue me manquait même pas. Y’avait qu’eux qui me manquaient. J’y pense tous les jours. Je sais qu’ils continuent leurs conneries, que je leur manque aussi, je sais que je les reverrais. Qu’on partira dans les montagnes ou à la mer, dans les xaxis. Qu’on arpentera à nouveau les nuits jusqu’à rencontrer l’aube, froide et grise, un demi sourire accroché à la face. J’espere juste que les ombres n’auront pas totalement dévoré leurs visages.

vendredi 4 mars 2011

Les gueules cassées

Les gueules cassées.( divagation I )

« Tues-moi, toute façon, j’m’en fous. »

Si elle pensait qu’elle ne m’avait pas déjà tué, de toute façon. Etre indésirable, et indésiré, raclure de l’humanité. Ma prose est morbide, vos sourires fades. Pulsion de mort assassine. Je sens le soleil lécher mon visage et mes yeux se plissent dans une tourmente sans âge, sauvage et rancunière. Jette les mégots avec dédain. Dans cette immensité, rien ne va, ou alors, c’est juste toi, et toi seul qui n’as pas ta place en surface. Sous la terre alors ? A gratter et noircir tes ongles. Sous la terre, comme les vers. Des cris d’enfants, je les perçois depuis mon balcon, cris de joie, de vie, d’envie ; Le bruit régulier de la canne de la vieille qui vient taper sur ce macadam mouillé. Allume une cigarette. Perpétue ta rêverie, tandis qu’ils te rattrapent, eux et leur foutue réalité. Des éclats de soleil, sur la table ronde et grise, l’ombre d’un cendrier de pierre et ma colère, sournoise. Mon rejet du monde et de moi-même, le néant rattrape sans cesse mon être quant à l’absurdité d’une vie pareille. On sait qu’il faut se battre, « arracher son petit bout de bonheur avec les dents », comme disait Antigone. J’aimerais partir, je crois qu’on aimerait tous tellement partir. Une terre étrangère à mon cœur, bordée de soleil, de lumière, d’un vent calme, doux, une main qui te serre durant ce périple de vie incertain, dans une vieille auto verte et rouillée, le vert, je te laisse l’imaginer, même si moi je le pense un peu foncé. Avec de la musique d’un autre monde, et des secondes vagabondes qui s’écouleraient, le temps d’un battement de cils, des nuits sauvages et presque sans sommeil, le soleil nous éveillerait, blesserait nos pupilles, ces matins nus, pliés, courbaturés, dans l’auto délabrée. Gratter la terre, cette fois ci en surface et sans cassures. Sable brûlant, tandis que la mer scintille et nous aveugle dans les moments les plus forts de l’après-midi. Toujours cet aveuglement de nos pupilles, cette blessure un peu violente, ce trop de lumière qui nous prouverait que, oui, on est en vie. Réapprendre l’existence dans des gestes simples et se gorger de paysages, sans fin et magnifiques. Utopie triste tandis que cloué à ma chaise grise, j’entends les rumeurs d’une ville fatiguée, où les êtres enchainés, se battent et gigotent, sans vraiment savoir pourquoi, ni comment. Cependant, j’ai un bout de soleil qui lèche ma page et mon visage, encore quelques cigarettes, tandis que le temps passe. De la musique pour noyer la vérité d'une vie qui nous esquinte quant au sortir de l'enfance, unes a unes, les bougies de nos rêves se retrouvent éteintes. Dans le noir alors putain, à la recherche de nos étreintes invisibles et sans nom. Il nous reste l'ailleurs, et l'éclat aveuglant qui pourrait réchauffer ta peau encore un certain temps. Mais, et si tout ceci, l'ailleurs y compris, n'était qu'un ramassis futile de conneries. (alors il n'y aurait pas de vie?)