Y’avait un truc dans ses yeux qui m’ disait : cette fille là, faut que j’l’emmène. Faut que j’la prenne. J’avais envie de lui dire « fais pas ta pute et pars avec moi, on sera saouls toutes les nuits, jte collerais aux murs si tu veux et même si tu veux pas d’ailleurs, je sais qu’tu veux être libre. Y’a pleins de théories sur la liberté. Conneries. être libre c’est juste pouvoir se barrer où tu veux, quand tu veux, avec qui tu veux, et j’sais que tu veux te tirer d’ici, avec n’importe qui. Mais bon. On dit pas des choses comme ça. Alors je lui ai murmuré :
Dans l’ombre et la lumière
dans les affres profonds de la misère
Ou dans les gouffres sans fond et ténébreux de la terre
Pars avec moi.
Nous cavalerons comme des chiens les nuits d’enfer
Et la musique épouvantable fracas de tonnerre
Rythmera nos vies, papillons de nuits éphémères.
On sera ivres et chancelant, tu seras fière
De frôler les murs, petit chat de gouttière
Fondant dans l’ombre des nuits étrangères.
Dans l’ombre et la lumière
dans les affres profonds de la misère
Ou dans les gouffres sans fond et ténébreux de la terre
Pars avec moi.
Y’aura ton sourire, quand on s’approchera de la mer
Le fracas et l’écume seront nos pères et nos mères
Y’aura les clairières, trouées d’or et de lumières
Tu seras belle à mourir, douloureusement amère
Puis on reprendra la route, sans penser au cimetière
Qui dans le crépuscule nous attend.
(Parce qu’on aura vécu pour de bon, tu m’entends ?)
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