mercredi 16 novembre 2011

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Ode aux crabes barbus.

Ode à la beauté, et à toi, que j'ai perdue.
Ode aux oiseaux détrônés, dont le plumage ancien,
est le reflet d'un éclat éteint, disparu.
Le temps, machine fumante, sonore et tordue,
aux engrenages sombres et aux murmures abbatus
dévore tout,

mirez,
du haut de vos globes froids ces vieilles femmes dévêtues,
ces squelettes arpentant les boulevards de guingois,
et nos rêves déchus.

tombant sur le sol, flot misérable, déchet lacrymal,crime absolu,
inondant les avenues.
trop vite passées.
Le reflet de l'inconnu,
dans la grande vitre d' en face;
La boutique de l'Antiquaire,
qui vendait ses oiseaux de bois,
ses bonhommes de fers,
et des vases d'autrefois,
peints de fleurs et de flammes éteintes,
ici et là s'étendait son pâle enfer;

toi, l'inconnu que je n'ai pas retenu, un de ces quatre matins glacé, -c'était peut être hier;
Tu avais, d'un simple regard, compris le drame de l'antiquaire.
Qu'est-tu devenu ? Où t'a porté la vie, et maintenant qu'es-tu ? Un sac d'os toi aussi?
Trainant ta carcasse et fumant dans ton lit?
Qu'importe si le vent t'emportes, mais murmure-moi, doucement, la réponse attendue.
Ne t'en fais pas, je leurs dirais que c'est les étoiles, ou peut être, un être étrange, dans une galaxie perdue;
Tu vois, maintenant on se ressemble, et l'heure douce est venue, de te poser ma question indécente, trop longtemps retenue :
Penses-tu que nous ne serons que des cendres fumantes, éparpillée sur l'océan étendu ? Les vagues répètent leurs danses étranges, dans d'inlassable roulement bleus, étirements cyan, dont la mousse écumante et blanche explose en nuée sur le sable doré, près des petits crabes barbus.
Qui sait ? J'entendrais peut-être ta réponse, dans la dernière heure noire, d'une vie d'escroc biscornu.

Néanmoins, je continue :


ode aux rois disparus,
aux animaux encore sauvages,
aux déchets gris et puants,
qui habitent les rues.
Aux paysages aveuglant,
à la lumière qui tombe, pluie d'or, sur les rebords
de ma fenêtre. L'aube défendue
et prospère, rayons jaunes dans ma poussière.
Ode à la profondeur sonore,
de ces quelques notes, sur ce grand piano noir;
à la beauté d'une guitare aux cordes usées,
noble mais abandonnée. Elle raisonne encore, seule, quand on la frôle,
avec gravité.
ode aux tendres clochards,
qui grelotent par terre,
entre trois canettes de bières,
à leurs gants troués,
leurs sourires d'édentés,
vois-tu sur leurs morceaux de carton,
ils dessinent
les frontières de notre civilisation.
un abîme
profond et sans couleurs

ode aux bars pourpres,
éviscérés de monde,
à ces amis d'un moment seulement,
à ces breuvages alcoolisés,
qui, dit-on, aident à oublier.
Ode à certaines fleurs de la terre,
qui naissent et meurent sans que personne ne les regardent
ode à la chaire de ma chaire,
à mes soeurs et à mes frères,
à ma mère et à mon père,
aux femmes sans vertu,
à ta bouche rouge, inconnue,
à la galaxie interstellaire
à l'humanité, monstrueuse et entière
et à toi, que j'ai perdu.

que trépassent les rêves et les erreurs
de naguerre,
l'amour et la guerre,
le sang et les nuages,
puisque nous ne serons que cendres,
sur ces terres et ces mers sans âges,
il restera nos paysages, peut être, ces quelques
avenues
le soleil brulant, le rire des enfants,
la mer pâle et nue,
la beauté de l'oiseau sauvage,
et les petits crabes barbus.

Ils étaient là avant-nous déjà, au temps des dinosaures. Je te le dis, à toi, si tu l'ignores, cher inconnu, murmure aux quatre coins du petit ciel, la vérité perdue.

Lacet, 3 am, 17 novembre.

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