vendredi 4 mars 2011

Les gueules cassées

Les gueules cassées.( divagation I )

« Tues-moi, toute façon, j’m’en fous. »

Si elle pensait qu’elle ne m’avait pas déjà tué, de toute façon. Etre indésirable, et indésiré, raclure de l’humanité. Ma prose est morbide, vos sourires fades. Pulsion de mort assassine. Je sens le soleil lécher mon visage et mes yeux se plissent dans une tourmente sans âge, sauvage et rancunière. Jette les mégots avec dédain. Dans cette immensité, rien ne va, ou alors, c’est juste toi, et toi seul qui n’as pas ta place en surface. Sous la terre alors ? A gratter et noircir tes ongles. Sous la terre, comme les vers. Des cris d’enfants, je les perçois depuis mon balcon, cris de joie, de vie, d’envie ; Le bruit régulier de la canne de la vieille qui vient taper sur ce macadam mouillé. Allume une cigarette. Perpétue ta rêverie, tandis qu’ils te rattrapent, eux et leur foutue réalité. Des éclats de soleil, sur la table ronde et grise, l’ombre d’un cendrier de pierre et ma colère, sournoise. Mon rejet du monde et de moi-même, le néant rattrape sans cesse mon être quant à l’absurdité d’une vie pareille. On sait qu’il faut se battre, « arracher son petit bout de bonheur avec les dents », comme disait Antigone. J’aimerais partir, je crois qu’on aimerait tous tellement partir. Une terre étrangère à mon cœur, bordée de soleil, de lumière, d’un vent calme, doux, une main qui te serre durant ce périple de vie incertain, dans une vieille auto verte et rouillée, le vert, je te laisse l’imaginer, même si moi je le pense un peu foncé. Avec de la musique d’un autre monde, et des secondes vagabondes qui s’écouleraient, le temps d’un battement de cils, des nuits sauvages et presque sans sommeil, le soleil nous éveillerait, blesserait nos pupilles, ces matins nus, pliés, courbaturés, dans l’auto délabrée. Gratter la terre, cette fois ci en surface et sans cassures. Sable brûlant, tandis que la mer scintille et nous aveugle dans les moments les plus forts de l’après-midi. Toujours cet aveuglement de nos pupilles, cette blessure un peu violente, ce trop de lumière qui nous prouverait que, oui, on est en vie. Réapprendre l’existence dans des gestes simples et se gorger de paysages, sans fin et magnifiques. Utopie triste tandis que cloué à ma chaise grise, j’entends les rumeurs d’une ville fatiguée, où les êtres enchainés, se battent et gigotent, sans vraiment savoir pourquoi, ni comment. Cependant, j’ai un bout de soleil qui lèche ma page et mon visage, encore quelques cigarettes, tandis que le temps passe. De la musique pour noyer la vérité d'une vie qui nous esquinte quant au sortir de l'enfance, unes a unes, les bougies de nos rêves se retrouvent éteintes. Dans le noir alors putain, à la recherche de nos étreintes invisibles et sans nom. Il nous reste l'ailleurs, et l'éclat aveuglant qui pourrait réchauffer ta peau encore un certain temps. Mais, et si tout ceci, l'ailleurs y compris, n'était qu'un ramassis futile de conneries. (alors il n'y aurait pas de vie?)

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